Tristes Tropiques
Original Title : SEULPEUN-YEOLDAE
Director : Hoon-jung Park
Screenplay : Hoon-jung Park
Cast : Sin-young Lee, Myung-min Kim, Yu-rim Park & Hae-soo Park
DOP : Young-ho Kim
Producer : Hoon-jung Park
Production : Gold Moon Pictures
Distribution : Finecut Co., Ltd.
World Sales : Finecut Co., Ltd.
Year : 2025
Country/Region : South Korea
Audio : Korean / English / Chinese / Japanese / Thai
Subtitles : EN / FR / NL
Running time : 118
Genre(s) : action, gore, thriller
L’avis du BIFFF :
À un âge où l’on est supposé jouer aux Lego et baver devant des Kinder surprise, une bande de gamins s’entraîne sept jours sur sept dans la jungle tropicale pour devenir les assassins les plus dangereux au monde, connus sous le nom de “Tristes Tropiques”.
Des années plus tard, alors qu’ils sont disséminés aux quatre coins de l’Asie, un événement d’une brutalité inouïe va mettre à mal leur clan secret : méfiance réciproque, trahisons existentielles, vengeance sanglante, les Tristes Tropiques ne s’épargneront rien.
C’est plus fort qu’eux: ils sont nés pour tuer…
Imaginez un instant LES FEUX DE L’AMOUR dopé aux headshots et filmé comme THE RAID, ou même JOHN WICK filmé par Wong Kar-wai, et vous aurez une idée de l’incroyable proposition cinématographique offerte par Park Hoon-jung, scénariste – excusez du peu – de I SAW THE DEVIL et NEW WORLD.
Mon Humble Avis :
Le scénariste d’I saw the devil (corbeau d’or au BIFFF), est aussi un réalisateur autodidacte avec déjà dix films à son actif.
Il revient ici avec un sujet qu’il mature depuis un moment, puisque Tristes Tropiques était déjà le titre de travail de son film précédent…
Le message s’inspire du livre homonyme de l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, qui faisait des observations anthropologiques en racontant son autobiographie.
Dans Tristes Tropiques, Lévi-Strauss se réfère principalement à ses séjours au Brésil mais il décrit aussi ceux qu'il a fait dans d'autres pays (en Inde ou au Moyen-Orient notamment).
En outre, bien qu'il soit assimilable à la tradition des récits de voyage philosophiques, le livre est parsemé de réflexions philosophiques et d'idées venant de différentes disciplines comme la sociologie, la géologie, la musique ou la littérature…
Le réalisateur place donc son récit en Thaïlande, pour y trouver un environnement de jungle lui évoquant celles de l’Amérique du sud, et décrit les relations et rapports de force dans une microsociété, une organisation criminelle de tueurs recrutés enfants, comme le ferait l’ethnologue avec une tribu indigène.
Ils sont sauvages et ont leurs propres codes de morale.
A partir de là, il développe une intrigue policière complexe, à base de succession et de trahison…
La réalisation est efficace, comme souvent avec les productions coréennes, toujours très pro.
Ce polar de triades n’est pas réalisé uniquement comme un film de genre, mais plutôt comme un film d’auteur avec une vision légèrement décalée.
La comparaison avec Won Kar-Waï fonctionne assez bien, par exemple sur les Cendres du Temps le réalisateur chinois avait repris les codes du wuxia pian pour en faire autre chose, un tableau contemplatif lent et poétique, on retrouve ici cette volonté de décalage, et même certains tics de mise en scène (voix off, faux ralentis, photo verdâtre, etc)…
Les cadrages usent donc en abondance des faux ralentis.
C’est un procédé qu’on voyait dans les années 80 dans les films hongkongais :
N’ayant pas accès à des caméras pouvant filmer au ralenti, les réalisateurs créaient cet effet au montage en ralentissant la vitesse de défilement des images, ce qui n’enlève pas le flou de mouvement (contrairement à un vrai ralenti).
Ce procédé kitch n’est jamais employé d’habitude dans les films coréens modernes.
C’est là clairement un choix stylistique pour évoquer un cinéma d’antan dans lequel s’inscrit la proposition du film.
Il y a pas mal de plans larges, mais aussi des hyper gros plans sur des détails, avec des arrières plans flous.
Un plan de reflet de la mort d’une victime dans les lunettes noires de la tueuse rend hommage à un plan identique de Naked Weapon de Chin Siu-Tung, preuve que le réalisateur fait vraiment référence au cinoche de Hong-Kong.
La conversation à trois personnages chez le héros (avec ses deux frères) est vraiment bien gérée, les cadres sont variés et ne se contentent pas de simples champs / contrechamps.
Il y a aussi de nombreuses plongées et contre-plongées, c’est du beau travail sur ce point.
La photographie use de lumières bleues vertes, sur des surfaces blanches, en extérieur, elle est plus jaune dorée en intérieur.
Il y a beaucoup de lumière, certains gros plans sont même presque surexposés.
Le montage est tranquille, l’exposition prend son temps, et nous assomme avec trop d’infos.
Certes les scènes d’actions sont explosives et sèches, mais il y a beaucoup trop de dialogue de remplissage entre elles, qui épuisent la patience du spectateur.
Le rythme est donc en dents de scie : action trépidante en morceaux de bravoure, et tempo somnolent entretemps.
Notons quand même que la baston finale est assez énorme, le héros face à une horde de tueurs masqués avec des machettes, ça décoiffe !
Les décors nous présentent la jungle thaïlandaise en pleine mousson.
On voit ensuite un village détruit par la guérilla, un café, un grand hôtel, et les demeures luxueuses de plusieurs parrains des triades.
Certaines sont bien décorées, avec des statues asiatiques, et autres meubles antiques.
Il y a un beau sens de l’espace, et des perspectives.
Les costumes auraient pu être un peu plus excentriques : comme on est davantage dans un manga shonen que dans un polar réaliste, des looks plus outrés auraient sans doute mieux fonctionné.
La tueuse nipponne est sexy dans son chemisier léopard.
Elle peut changer de look en un éclair pour surprendre ses proies !
Les hommes de mains sont sobrement en costards noirs.
Le masque du tueur mystérieux mélange V pour Vendetta et le théâtre No.
Les SFX sont très violent d’entrée, il y a de la fusillade, des égorgements, ça baigne dans le sang !
Les impacts de balles et giclure de coupure sont fait en synthèse.
Le combat final à la machette est diablement efficace, la chorégraphie est impressionnante, même si c’est de la pure fantaisie sans aucun souci de vraisemblance.
Le casting est correct, mais sans qu’un acteur domine vraiment le game.
Le héros est assez attachant, ce personnage est plutôt original : c’est une sorte d’autiste, limité intellectuellement, sourd et muet, mais avec un super pouvoir…
Effectivement, lorsqu’il retire ses appareils auditifs, il peut entendre les sons à l’avance, et donc anticiper les gestes de son adversaire.
Il a ainsi toujours un coup d’avance sur eux.
Cela rajoute un aspect ludique aux combats, et c’est ingénieusement retransmis par la mise en scène avec des répétitions d’actions au montage, et un jeu sophistiqué sur le son et les bruitages.
La tueuse japonaise est jolie, malgré son spleen, le héros enfant est très beau, le grand maître tueur est effrayant avec sa voix grave d’outre-tombe, le fils du parrain imbu de sa personne est détestable, tout comme l’ancien chef de la police corrompu… bref il y a beaucoup de seconds rôles intéressants, mais aucune interprétation vraiment mémorable.
Notons que l’abus de voix off est insupportable, surtout pour ne pas dire grand-chose de passionnant…
La musique donne dans les violons qui en font des tonnes.
On entend du jazz diégétique dans le café.
Un piano et un violoncelle lancinant accompagnent les dialogues.
La musique est assez présente, mais sans grand relief.
En conclusion, malgré son ton dramatique, ce triade movie n’est pas bien sérieux, et s’apparente vraiment à un manhwa pour ado.
Ce film est bien trop verbeux pour convaincre, on sent une certaine prétention à vouloir sortir du genre strict, là où un simple film d’action bien mené aurait été préférable.
Heureusement, il reste ce héros attachant et original, ce qui est déjà pas mal.


