Another World

 

Director : Tommy NG Kai Chung

Screenplay : Polly Yeung & Naka Saijo

Cast : Suet-Ying Chung, Hiu-Tung Choi, Louis Cheung & Kay Tse

DOP : None

Producer : Polly Yeung & Gin Kai Chan

Production : Point Five Creations / Silver Media Group

Distribution : Goodfellas

World Sales : Goodfellas

Year : 2025

Country/Region : China, Hong Kong

Audio : Cantonese

Subtitles : EN / FR / NL

Running time : 111

Genre(s) : animation, fantasy

 

L’avis du BIFFF :

Fonctionnaire besogneux dans un sas de décompression métaphysique, Gudo est un esprit qui accueille les personnes fraîchement décédées dans le purgatoire.

Comme il n’existe pas de Guide du Routard de la Mort, les nouveaux arrivants sont tous paumés, et Gudo est là pour les aider à vider leurs griefs de leur vie passée.

L’idée ?

Arriver vierge de ressentiments pour l’étape suivante : la fameuse réincarnation.

D’habitude, c’est une pure formalité, mais quand la jeune Yuri débarque, gonflée de colère et d’autres sentiments que Gudo ne maîtrise absolument pas, notre guide spirituel se met en DEFCON 4, car ce comportement déviant mène à une autre option que la réincarnation.

Et c’est vraiment pas bô à voir…

Éloignez urgemment vos enfants de ce dessin animé : Tommy Kai Chung Ng vient de dégainer un outsider gore digne du studio Ghibli qui s’est perdu dans l’univers de Game of Thrones !

 

Mon Humble Avis :

 

Another World est un film d’animation fantastique hongkongais de 2025, adapté du roman du japonais Naka Saijō publié en 2012, Thousand Year Ghost.

Initialement sorti en court-métrage de 14 minutes en 2019 et remportant de nombreux prix internationaux, il a ensuite été refait en long-métrage.

Ce court-métrage, achevé en 2019, a reçu le Hong Kong IFVA Animation Award.

Le film utilisait un style de « livre d’images numériques » (décors aquarellés dessinés à la main, scannés puis animés avec un système squelettique 3D), posant les bases visuelles du long-métrage.

La version complète a reçu un financement de 5,6 millions de HKD du « Film Production Financing Scheme » en 2020, tout en recevant un financement international de coproduction de la Commission du film philippine en 2022. 

Pendant la production, les producteurs ont activement sollicité et obtenu le soutien d’investisseurs en Arabie saoudite, marquant le premier investissement dans un projet d’animation par la société moyen-orientale Animekey, qui pensait que l’histoire de la réincarnation orientale serait populaire au Moyen-Orient.

L’équipe de production a mis sept ans à terminer le film.

Le réalisateur Tommy Kai Chung Ng a déclaré que le film complet était un processus de « reconstruction », développant l’histoire tout en conservant les idées centrales de Thousand Year Ghost et en intégrant des perspectives hongkongaises. 

Lors d’une interview avec Varsity, Yeung a souligné que le processus de passage d’un court-métrage à un projet d’envergure a conduit l’équipe à créer des œuvres de haute qualité sous des délais serrés et une forte pression, en raison de leur manque d’expérience, tout en comparant leur naïveté maladroite à l’industrie de l’animation japonaise pleinement mature.

 

Inspirée par le livre du psychiatre américain Brian WeissMany Lives, Many Masters : The True Story of a Prominent Psychiatrist, His Young Patient, and the Past-Life Therapy That Changed Both Lives, la scénariste Polly Yeung a commencé à explorer les thèmes de la réincarnation et du lâchement des obsessions, qui sont présents dans le film. 

Le film s’inspire du roman d’un auteur japonais Naka Saijō, qui met en scène le protagoniste collectant des « bourgeons démoniaques » et explore des thèmes de pureté, d’obsession et de péché.

Le concept tourne autour des esprits entrant dans l'« Au-delà » après la mort, où ils doivent renoncer à leurs attachements mondains pour traverser une cascade et se réincarner, sous peine de se transformer en monstres faits de haine.

Le message traite donc de la réincarnation, de l’oubli de ses vies antérieures, le film inventant un autre monde, une sorte de purgatoire version bouddhiste, pour développer son récit complexe.

 

La réalisation de cet animé manga à la chinoise installe donc sa propre mythologie, et son propre sens du rythme, s’éloignant des codes nippons en la matière.

L’action y est plus rare, la poésie mélancolique et le drame plus présents.

 

Les cadrages sont variés mais avec beaucoup de plans larges dans des décors aux proportions énormes.

Cela crée une sensation de perte de repères, et de solitude, avec des personnages perdus dans des immensités.

 

La photographie use de bleus pâles, avec des touches orange ou rouge.

 

Le montage est plutôt tranquille, ça prend son temps.

Le mélange de temporalités est assez embrouillé.

Le rythme global est original, loin du manga japonais, il y a quelques fulgurances lors des affrontements, mais ça reste assez contemplatif.

 

Les décors sont élégants et stylisés.

Le réalisateur Tommy Kai Chung Ng s’est inspiré des rituels tibétains de la « Danse du Crâne » pour le design des personnages fantômes, mêlant la philosophie bouddhiste de « l’impermanence » pour créer un monde fantastique influencé par l’Asie de l’Est. 

Dans cet au-delà, on voit des cascades géantes, des lagons avec des cyclones d’eau montante, des montagnes de cristal, des roches en lévitation, de la végétation rousse…

La réalité des vivants est plus classique, mais curieusement elle a une couleur plus occidentale qu’orientale : un château aux grandes proportions avec des piliers gréco-romains (et non un pagode ou un manoir chinois), des champs de blé (et non des rizières), des usines métallurgiques, etc…

 

Les costumes sont le point fort de l’originalité du film.

Les guides des âmes sont étrangement masqués, et les tenues des aristocrates sont stylées.

 

Les SFX numériques servent surtout à rajouter des effets lumineux, des flous d’arrière-plan, des fumées, ou des braises d’incendie.

On voit le développement du bourgeon maléfique en transparence au travers du corps de l’héroïne.

 

Le design des personnages est plus simple que dans un animé japonais, mais reste assez travaillé.

Leurs expressions sont assez minimalistes.

Le tracé des contours n’est pas d’un trait noir net, mais fait de pointillés ou de vaguelettes renforçant un aspect dessin animé traditionnel.

Notons les yeux très éloigné du kawaï nippon : ils sont représentés par des ovales de couleurs avec trois traits verticaux en guise de pupille.

Un guerrier de l’au-delà a un look particulièrement marquant : il a quatre bras, pas de tête, mais une fumée s’échappant de son cou à la place… il évoque énormément les divinités courroucées de la religion Bön (les croyances pré-bouddhisme de l’Hymalaya).

La déesse géante à demi nue a aussi une présence certaine, malgré son inexpressivité glaciale.

 

La musique nous imprègne d’une ambiant lourde, se mêlant aux bruitages, avec un synthé planant, samplant des instruments traditionnels.

Les scènes d’action sont plus rock, alors que les moments dramatiques ont un air doux au piano (une dichotomie plutôt classique en animé).

 

Le film a reçu des réactions positives de la part des critiques.

Cath Clarke du Guardian a attribué au film trois cinq étoiles sur quatre, qualifiant le film de « merveille où le Studio Ghibli rencontre l’horreur de Game of Thrones et la fureur noire d’une tragédie grecque », tout en qualifiant l’animation de « frappante et profondément étrange ».

En conclusion, ce dessin animé à un onirisme exotique bien à lui, mais son récit n’est pas toujours très clair pour un public occidental, et réclame beaucoup d’attention.