Gaua

 

Original Title : GAUA

Director : Paul Urkijo Alijo

Screenplay : Paul Urkijo Alijo

Cast : Yune Nogueiras, Ane Gabarain, Elena Irureta & Iñake Irastorza

DOP : Gorka Gómez

Producer : Ander Sagardoy, Ander Barinaga-Rementeria & Xabier Berzosa

Production : Irusoin / Ikusgarri Films / Gaua AIE / Vilaüt Films

Distribution : Filmax

World Sales : Filmax

Year : 2025

Country/Region : Spain

Audio : Basque

Subtitles : EN / FR / NL

Running time : 96

Genre(s) : fantasy, horror

 

L’avis du BIFFF :

Les montagnes basques, au 17e siècle.

Alors que l’Espagne continue à se bouffer l’héritage inquisiteur de Torquemada, une jeune femme nommée Kattalin fuit sa chaumière en pleine nuit, après avoir tenté d’empoisonner son mari violent.

Perdue dans la forêt et pourchassée par une présence inquiétante, elle finit par tomber sur trois femmes en pleine séance de lav-o-matic à l’ancienne.

Ce trio étrange profite de ce moment privilégié pour boire de la gnole et échanger des ragots sur les gens du coin.

Des ragots d’abord anecdotiques, puis de plus en plus effrayants, et qui concerneront de plus en plus Kattalin.

Bref, il est temps pour elle de prendre un balai, et ce ne sera pas pour faire le ménage….

Chasse aux sorcières, magie noire, fornications pas catholiques, le nouveau cru de Paul Urkijo (ERREMENTARI) est un monstre païen et iconoclaste, et probablement son chef d’œuvre à ce jour !!!

 

Mon Humble Avis :

 

Troisième film et troisième présentation au BIFFF, le réalisateur Paul Urkijo met le feu à la salle avec sa chanson d’invocation diabolique, entrainant tout le public dans son délire de paganisme !

Son scénario est une adaptation de différents contes basques au sujet du dieu de la nuit.

Beaucoup de ces histoires ont en fait été inventées de toutes pièces par l’inquisition pour effrayer les croyants et les éloigner du péché, mais elles ont au contraire nourri l’imagination et le folklore du peuple basque, et sa fascination pour les superstitions surnaturelles.

Le réalisateur a donc transformé son histoire de sorcellerie en ode à la liberté !

 

Le message aborde la condition féminine, l’intégrisme religieux intolérant, et même la romance queer.

Les contes sont vraiment immortels !

 

La réalisation est celle d’un film à sketchs, avec un fil rouge reliant les différentes histoires.

Le scénario est basé sur une importante recherche historique, des évènements réels étant mêlés à l’imaginaire.

La mise en scène privilégie le mystère et son caractère onirique.

Elle utilise nos peurs ancestrales (l’obscurité, la nature, l’inconnu, etc)…

 

Les cadrages usent d’hyper gros plans, sur des insectes ou des animaux.

Il y a de nombreux mouvements de panoramiques ou de travellings, très propres (et même un traveling compensé).

On trouve une bonne variété de valeurs de cadres.

Une scène de sexe lesbien est filmée en oblique à 90 degrés.

 

La photographie est beige, dans des brumes bleues.

Il y a une colorimétrie atténuée par étalonnage numérique.

Beaucoup de bougies, et de lanternes à capuchon, éclairent les intérieurs rustiques.

La plupart des scènes sont nocturnes (c’est plutôt normal pour un film intitulé « La Nuit).

 

Le montage est tranquille, mettant en avant surtout l’ambiance.

Les transformations de sorcières en animal sont faites uniquement au montage, la magie du cinéma à la Méliès !

 

Les décors exploitent principalement la nature, avec une sombre forêt mystérieuse, aux arbres noueux.

On voit aussi une chaumière isolée, la hutte des 3 sorcières, avec son lavoir, une ferme dans un village pauvre et triste.

Partout des talismans prouvent que le paganisme est ancré depuis plus longtemps que le christianisme…

 

Les costumes font dans la reconstitution populaire fidèle.

Les chapeaux sont excentriques mais bien fidèles à la période.

Chaque coiffe est différente, par exemple le prêtre à collerette porte un tricorne démesuré.

 

Les SFX sont nombreux, bien foutus, et surtout diablement poétiques.

La silhouette de l’homme-arbre devenant géante est réalisée en stop motion.

Elle se transforme en loup géant pour s’abattre sur l’héroïne terrorisée.

Une jeune fille est possédée par un démon poulet-humanoïde !

Il y a de la flagellation, de la lévitation, et de la tonte à mains nues…

Un lièvre aveugle d’un œil est animé en 3D pour sautiller partout en esquivant les balles.

Notons un hommage à Evil Dead avec la mari qui traverse la forêt entrainé par une force invisible qui l’envoie balader contre un rocher !

Et finalement, le look du grand maître cornu est magnifique, mi bouquetin, mi déesse androgyne, à la peau noire et luisante, il domine le final comme la foule du sabbat du haut de sa stature imposante.

 

Le casting nous offre une héroïne moins faible qu’elle n’en a l’air, trois mémés coriaces, une vieille a demi aveugle vraiment effrayante, et un prêtre chasseur faisant un carton pendant sa messe !

Même le mari violent et boiteux est incarné par un beau barbu charismatique.

 

La musique fait évidemment dans les cordes dissonantes, et les voix féminines puissantes psalmodiant en chœur.

Les violons se font parfois plus romantiques, ou dramatiques…

 

En conclusion, ce film qui commence sagement évolue progressivement vers un sommet des plus épiques, montant en puissance irrésistiblement jusqu’à un sabbat flamboyant, où sorcières et sorciers forniquent sous la pleine lune, en transe et en apesanteur…

Prenez garde, car Satan l’habite !