Orféo

 

Original Title : ORFEO

Director : Virgilio Villoresi

Screenplay : Virgilio Villoresi

Cast : Luca Vergoni, Giulia Maenza, Aomi Muyock & Vinicio Marchioni

DOP : Marco de Pasquale

Producer : Virgilio Villoresi

Production : Fantasmagoria Films

Distribution : True Colours

World Sales : True Colours

Year : 2025

Country/Region : Italy

Audio : Italian

Subtitles : EN / FR / NL

Running time : 74

Genre(s) : fantasy

 

L’avis du BIFFF :

Pianiste solitaire et mélancolique, Orphée traîne ses rêves dans un Milan interlope, imaginant des histoires d’ailleurs pour fuir son spleen d’ici.

Mais un soir, alors qu’il joue dans son bar fétiche, il croise le regard d’Eura.

Sentiment électrique, viscéral, absolu…

Elle devient son obsession.

Quelques jours plus tard, il l’aperçoit à nouveau, tandis qu’elle franchit une petite porte sur la Via Saterna.

Orphée décide de la suivre.

De franchir le pas.

De passer de l’autre côté, vers un monde aussi étrange que dangereux…

Présenté à la dernière Mostra de Venise, ce cri d’amour baroque et onirique au 7e art est une poésie fiévreuse et hallucinée, qui convoque à la fois Argento, Fellini, Marker ou encore – plus proche de nous – Cattet et Forzani.

Bref, préparez-vous à un voyage sensoriel tourné en 16mm, où la raison est tout simplement oblitérée par un tourbillon d’émotions vénéneuses.

 

Mon Humble Avis :

 

Orphée est un héros de la mythologie grecque, fils du roi de Thrace Œagre et de la muse Calliope.

Poète et musicien (son instrument est la lyre), il était parfois considéré comme un prophète ou un sorcier.

Orphée a fait partie des Argonautes ; sa descente aux Enfers et son échec à ramener son épouse Eurydice dans le monde des vivants ont façonné son mythe.

Le mythe d'Orphée donna naissance à une théologie initiatique.

La doctrine orphique est une doctrine de salut marquée par une souillure originelle ; l'âme est condamnée à un cycle de réincarnations dont seule l'initiation pourra la faire sortir, pour la conduire vers une survie bienheureuse où l'humain rejoint le divin.

Le mythe d’Orphée est la source de multiples adaptations littéraires, musicales, picturales, théâtrales, et même cinématographiques.

Jean Cocteau en a tourné 2 films célèbres en 1950 et 1959.

Il y a eu au moins une dizaine de films avant celui-ci…

Le film Orphée de Jean Cocteau a été tourné en utilisant principalement une caméra Debrie Parvo, une caméra 35mm très courante dans le cinéma français de cette époque, réputée pour sa légèreté et sa maniabilité.

Pour sa version, le réalisateur Virgilio Villoresi choisit une Arriflex SR3 Super16, une caméra à pellicule argentique qui a donné de beaux films en stop motion dans les années 70 à 90.

Mais elle ne permet aucun retour caméra, qu’à cela ne tienne, il imprime une pièce à l’imprimante 3D qui réglera le problème !

Cette anecdote démontre déjà les performances techniques que le film déploie pour atteindre une esthétique raffinée.

 

Le message du film aborde plusieurs thèmes métaphysiques, autour du mythe d’Orphée, comme la difficulté de faire son deuil.

L’amour est-il plus fort que la mort ?

On croise un fantôme essayant de retrouver des souvenirs de sa vie.

Il faut chercher à réveiller l’enfant oublié en nous…

Ces questions restent ouvertes, ce ne sont que des pistes de réflexion.

 

La réalisation a beaucoup de style, ça ressemble à un court métrage léché.

Onirisme et beauté plastique sont les maîtres mots du projet.

D’un style imitant Tim Burton (jusque dans l’emploi de séquences animées), on glisse progressivement vers quelque chose de plus bizarre comme du Jodorowski ou du Lynch…

 

Les cadrages sont réglés au millimètre, ils sont toujours signifiants (choisis pour l’émotion qui s’en dégage).

Ils sont variés et travaillés avec art.

 

La photographie use de lumières chaudes, dorées, même dans les scènes nocturnes, leur conférant une certaine douceur mélancolique.

Même les ombres sont belles et envoûtantes.

On voit beaucoup de bruns et des beiges, mais l’image est parfois plus froide dans le cauchemar.

 

Le montage est lent, privilégiant le mystère, mais c’est le point le plus négatif, car certains spectateurs décrocheront à cause de ce rythme somnolent…

Il suit l’évolution des sentiments du héros, son errance psychologique.

Cela créée une ambiance propre au rêve et à l’introspection.

Il y a quand même quelques passages avec des accélérations soudaines, pour nous sortir de notre torpeur…

 

Les décors magnifiques emploient des arabesques sophistiquées et élégantes de l’Art Nouveau.

Les personnages évoluent dans un Milan fantasmé, parfois représenté par des maquettes, avec une naïveté assumée qui convient à la poésie de l’ensemble.

On retiendra surtout un train dont les wagons sont des immeubles, une image qui semble sortir d’un conte moderne.

 

Les costumes sont surannés mais raffinés.

Dans le rêve, il y a une robe et une coiffe blanches au design digne d’un podium.

Il y a aussi des tenues sexy qui évoquent le burlesque, comme ce somptueux soutien-gorge à serpents !

Notons un personnage d’épouvantail avec un chapeau haut de forme démesuré dont le look est très réussi.

 

Les SFX mélangent des éléments de dessin animé, de maquettes, et de prises de vue réelles.

Dès le générique de début, les noms sont écrits en cursive et animés comme flottant dans le vent, pour accompagner les arabesques des décors.

En animation, de simples effets lumineux ou au contraire des ombres, se meuvent avec magie.

Par exemple, l’ombre d’un homme se transforme en oiseau et le quitte.

Le cerbère du mythe d’Orphée est représenté par trois têtes volantes de sorcières, la maladie emportant l’héroïne dans la mort est représentée quant à elle par une araignée géante avec des pinces mécaniques au bout des pattes !

Ces différents designs font très Tim Burton.

 

Le casting du couple principal choisit des plastiques photogéniques pour ce pianiste et cette danseuse amoureux.

La beauté physique est parfois employée comme source d’effroi dans l’au-delà (la femme en blanc avec son voile de perle).

Les dialogues sont murmurés lentement (ça devient même agaçant à force).

L’acteur principal Luca Vergoni est presque de tous les plans, il doit porter le métrage sur ses frêles épaules, il a parfois du mal à nous captiver par son jeu peut-être un peu trop intériorisé…

 

La musique emploie du piano, d’abord de façon diégétique, puis dans la bande originale romantique.

On entend aussi du Cha cha cha en diégétique, ainsi que des chansons de femmes aux voix suaves (qui évoque l’ambiance de Twin Peaks).

La BO devient plus de l’ambiant dark une fois passé la porte de l’au-delà, et passe en revue tous les instruments ayant un caractère morbide ou onirique : harpe, carillons, orgue de barbarie, boite à musique, etc…

 

En conclusion, Orphéo est un film qui peut plaire par son style visuel sophistiqué, mais dont la narration aurait mieux convenue à un moyen métrage.

Pour un long, l’ennui peut malheureusement s’installer à cause de la lenteur du récit, malgré l’indéniable beauté de ses images.

C’est une question de goût vraiment subjective, personnellement j’étais sous le charme de cette poésie pendant les 2/3 du film avant de décrocher progressivement…