Sword of Vengeance
Original Title : VOLJA SINOVLJEVA
Director : Nemanja Ćeranić
Screenplay : Strahinja Madžarević
Cast : Igor Benčina, Isidora Simijonović, Žarko Laušević & Sergej Trifunović
DOP : Igor Marković
Producer : Miloš Avramović & Aljoša Ćeranić
Production : Režim / Telekom Srbija / Mir Media
Distribution : Jinga Films
World Sales : Jinga Films
Year : 2025
Country/Region : Serbia
Audio : Serbian
Subtitles : EN / FR / NL
Running time : 127
Genre(s) : dystopia, gore, post-apocalyptic
L’avis du BIFFF :
Il y a Charleroi, le Mordor, le Wasteland…
Et puis, il y a cette terre ravagée par un désastre nucléaire et ses pluies acides, où les nations ne sont plus que des clans barbares qui négocient à coups de (trous de) balles.
Mais toutes sont sous le joug tyrannique de la Cité, immense tour peuplée de psychopathes cupides sans foi ni loi qui pillent, volent, violent et tuent au quotidien.
Évidemment, personne n’ose se rebeller.
Jusqu’à présent.
Jusqu’à ce que Jolan, seul survivant de son clan, décide de paraphraser Hamlet à la ligne 88 de l’acte 3 scène 3 : Non.
Ça suffit.
Y en a marre.
Armé de son épée de la vengeance, Jolan est bien décidé à mettre fin à ce règne de terreur, en se lançant dans une épuration systématique des plus gros bâtards sanguinaires que la terre (ou du moins ce qu’il en reste) ait jamais porté…
Mon Humble Avis :
L’idée de départ était de transcrire un poème épique serbe en histoire de SF, mais c’est devenu un film post apocalyptique à cause de « l’optimisme » inné serbe !
Il a fallu sept années entières pour terminer le tournage de ce film, réalisé par des jeunes juste à la sortie de leurs études de cinéma.
Le message sans concession est semblable à la morale du secret de l’acier que confie le père à son fils dans Conan le barbare :
« Ne fais confiance ni aux hommes ni aux femmes ni aux bêtes, à ton épée tu peux te fier ! »
La réalisation dépeint tout un univers, avec ses différentes communautés.
Il y a donc beaucoup de personnages et d’informations à ingérer dans une exposition des enjeux qui n’en finit plus…
Ça se veut réaliste, mais aucune explication n’est donnée au fait qu’après la bombe atomique les survivants est encore l’électricité pour éclairer leur ville avec de nombreux néons, de l’essence pour faire rouler leurs véhicules, et des munitions pour leurs nombreuses armes à feu !
Les cadrages usent de plans américains pour les dialogues.
Ce sont des plans fixes avec parfois de légers mouvements de panoramiques.
La photographie est vert-jaune, avec des arrières plans flous, ou dans l’ombre.
La lumière est jaunâtre, provenant souvent de feux, les couleurs sont froides relevées de touches de rouge.
Le montage initial faisait deux heures et cinquante minutes, mais comme il était refusé dans tous les festivals, le film a été remonté pour une durée finale de deux heures et sept minutes !
Le rythme est tellement pépère, qu’on se demande ce que ça devait être initialement…
Toute l’histoire est en fait racontée dans une chanson par un troubadour, de temps à autre elle s’interrompt pour le retrouver faisant une pause dans son récit.
L’exposition des enjeux est très lente, puis il y a davantage d’action dans la seconde partie (tournoi, guerre civile, combat en gravissant la tour…), ça aurait mérité une meilleure répartition des péripéties tout au long du film.
Les décors usent la steppe serbe, c’est des étendues de toundra, une nature plutôt hostile où le décorateur rajoute quelques carcasses de bagnoles brulées pour faire postapo.
On se retrouve dans des cabanes en bois, ou des yourtes rehaussées de statues de guerriers métalliques.
Mais le mieux reste la cité industrielle, comme une usine géante (dont viennent sûrement toutes les ressources inexpliquées), qui ressemble à une favela de tôle rouillée, surmontée par une immense tour où siège le gouvernement (forcément dictatorial) de cette région.
Les costumes ajoutent plusieurs couches de haillons sur des acteurs solides ou des figurants aux tronches qui font peur.
Certains portent des masques, ou des lunettes de soudeur.
Ça fait plus survivalisme que postapo, mais ça passe…
Le gang de la ville se maquille les yeux avec une bande de rouge du plus bel effet.
La sœur du héros est une guerrière qui porte du cuir noir moulant qui la met bien en valeur.
Tous ces « fils du métal » portent de nombreuses armes à feu, mais aussi des sabres, bâton, batte de base-ball, marteau, et même une sorte de hand-spinner shuriken qu’on aurait aimé voir en action.
Les SFX proposent d’abord un prégénérique en animation pour expliquer le contexte.
Puis la ville en image de synthèse sur les plans larges est le plus gros effet spécial du film.
Evidemment, impact et gerbe de sang sont rajoutés en 3D, le problème étant que les lames des sabres et des couteaux restent propres après les coups portés, malgré les gerbes de sang numériques.
Je n’ai pas trouvé les combats ni violents, ni spectaculaires… par rapport à des chorégraphies asiatiques c’est un peu mou tout ça…
Le casting aligne les barbus et les gros durs, au jeu crédible.
Les personnages principaux sont charismatiques, mais leur jeu est très sobre, et tout est très premier degré, sérieux et solennel.
Beaucoup de ces acteurs serbes ont un physique solide, tout ça sent bien la testostérone et la masculinité toxique (d’ailleurs l’héroïne est souvent utilisée comme simple marchandise de pari, elle se révolte un chouïa mais tombe quand même dans les bras du héros juste après) !
Une voix off nous raconte des flashbacks au sein du récit, alors que toute l’histoire est déjà une chanson contée par un saltimbanque, ce n’est pas très logique (surement du au remontage)…
La musique emploie l’instrument joué par le troubadour racontant l’histoire, il s’agit d’une gusle.
La gusle est un instrument monocorde à corde frottée des Alpes dinariques.
Cet instrument, dans ses diverses variantes, accompagne les traditions épiques de la région.
Le « chant accompagné au gusle » de Serbie est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco depuis 2018.
Puis c’est souvent de l’ambiant angoissant, ou bien un folk doux, usant de violons.
En plus de la gusle, on entend aussi de la cornemuse en diégétique.
En conclusion, ce film décrit un univers postapo sympa, mais il oublie un peu d’être un film d’action efficace.
On y ressent énormément l’influence des séries télé, où on peut détailler pendant des heures des conflits de pouvoirs et autres tensions psychologiques…
Dommage, le résultat est mou au lieu d’être rock’n roll.








