Silence

 

Original Title : SILENCIO

Director : Eduardo Casanova

Screenplay : Eduardo Casanova

Cast : Lucía Diez, María León, Ana Polvorosa, Mariola Fuentes, Leticia Dolera, Carolina Rubio & Omar Ayuso

DOP : Marino Pardo

Producer : Javi Prada , Reyes Velayos, Jorge Garrido & Antonio Abeledo

Production : Gamera Studios / Apoyo Positivo / Antonio Abeledo SL

Distribution : Antonio Abeledo SL

World Sales : Antonio Abeledo SL

Year : 2025

Country/Region : Spain

Audio : Spanish

Subtitles : EN / FR / NL

Running time : 56

Genre(s) : Queer, vampire

 

L’avis du BIFFF :

Il aura fallu des siècles, mais l’une des dernières minorités marginalisées est enfin prête à entrer dans le monde moderne : oui, les vampires sont désormais socialement tolérés.

Alors, petite alerte spoiler: la lumière du soleil ne tue pas les vampires !

Ce mythe a été créé par les vampires eux-mêmes afin de pouvoir se cacher plus facilement de leurs ennemis jurés, les humains.

Depuis des temps immémoriaux, les humains utilisent des crucifix, des pieux en bois et des balles en argent pour se débarrasser de ces suceurs de sang.

SILENCIO nous montre enfin à quoi ressemble l’histoire du point de vue desdits suceurs.

Au début du Moyen Âge, par exemple, la peste a provoqué une grave pénurie de proies en bonne santé.

L’épidémie de Sida à la fin du XXe siècle leur a également causé beaucoup de misère et de chagrin.

Avec ce film, le silence qui a trop longtemps entouré les vampires est enfin brisé !

 

Mon Humble Avis :

 

A l’origine, c’était une minisérie, mais il a été décidé d’en remonter trois épisodes en un seul bloc, pour aboutir à ce long métrage.

En réalité il est encore assez court, seulement 56 minutes…

 

Le message traite du virus HIV, et de la stigmatisation de la séropositivité.

En fait, il compare le vampirisme au sida.

Le film questionne aussi la définition du bonheur, et le sens de la vie en général (qu’on soit immortel ou non).

 

La réalisation est celle d’une satire du genre.

C’est avant tout une comédie de meurs, dont l’humour provient de répliques cinglantes, débitées à toute allure.

 

Les cadrages emploient beaucoup de simples champ / contrechamp, car il s’agit avant tout de dialogues.

C’est plus varié dans les scènes fantastiques, qui imitent les stéréotypes de mise en scène du genre vampirique.

 

La photographie est noire, blanche, et rose, avec des contrastes extrêmes, pour l’époque la plus contemporaine.

Elle change de chartre graphique à chaque époque traversée par les vampires : plus dans les tons pastels durant la peste noire, et dans un camaïeu brunâtre dans les années 80.

 

Le montage est enlevé, il suit ces rapides et spirituels dialogues.

C’est si trépidant que c’en est parfois presque fatiguant (la scène des vampires attablés par exemple).

Il y a même un clip des vampires chantant de la pop !

 

Les décors historiques montrent un palace légèrement anachronique.

Le clip pop est sur un fond blanc totalement vide.

La déco de l’appartement des eighties est dans des couleurs violettes kitch au possible.

Il y a aussi un appartement crados de junkie où on vomit par terre.

 

Les costumes sont le point fort du métrage, par leur originalité cocasse (même si ils ne font pas preuve du meilleur goût).

Les vampires portent des robes de poupées de couleurs pastels, rose, bleu, verte, avec moult dentelles et rubans.

Un chapeau noir à voile anti rayons du soleil est aussi vaste qu’un isoloir de vote !

Il y a aussi de la nudité, avec la junkie lesbienne des années 80.

 

Les SFX nous proposent des maquillages de Nosferatus : oreilles pointues immenses, deux canines bien proéminentes, crâne rasé à part une mèche centrale, doits immenses (comme avec une articulation supplémentaire)…

On voit de la lévitation à plusieurs reprises.

Les vampires prennent littéralement une douche de sang depuis la carotide d’une victime.

Des bébés sont poignardés en gros plans…

On a même droit à un cunnilingus sanglant, le sang menstruel devant être nutritif pour une vampire !

Une vampire tente de se suicider au crucifix, une première dans le genre à ma connaissance.

 

Le casting presque exclusivement féminin est plutôt bon.

La vampire simplette autorise quelques blagues non woke.

La mère vampire insistant pour que sa fille fume et se drogue est vraiment hilarante.

De même, la vampire naine qui deale au emo-center est bien caustique.

 

La musique sérielle sample des vrombissements et de bourdonnements.

Il y a un bel emploi de chœurs féminins puissants, mêlés à un piano triste.

On entend une cantatrice d’opéra accompagner un violon endiablé.

Il y a de la pop espagnole, parfois diégétique parfois dans le BO, et souvent utilisée à contre-emploi (une mélodie gai pendant un moment dramatique par exemple).

 

En conclusion, comme toujours les espagnols sont assez forts en comédie horrifique (depuis l’exemple d’Alex de la Iglesia).

Malgré sa durée trop courte, la love story parvient à être émouvante, et le message profond passe au milieu des gags revitalisant le genre.

C’est donc plutôt sympathique à découvrir, mais ça aurait peut-être mieux fonctionné sous sa forme originelle, en courtes pastilles à suivre épisode par épisode…