Steal Away

 

Original Title : STEAL AWAY

Director : Clement Virgo

Screenplay : Tamara Faith Berger & Clement Virgo

Cast : Angourie Rice, Mallori Johnson, Lauren Lee Smith, Matteo Simoni, Hilde Van Mieghem & Nola Elvis Kemper

DOP : Sophie Winqvist Loggins

Producer : Damon D'Oliveira, Clement Virgo, Peter De Maegd & Tom Hameeuw

Production : Conquering Lion Pictures / Potemkino

Distribution : Visit Films

World Sales : Visit Films

Year : 2025

Country/Region : Belgium, Canada

Audio : English / French / Lingala

Subtitles : EN / FR / NL

Running time : 113

Genre(s) : coming-of-age, mystery, witchcraft

 

L’avis du BIFFF :

Cécile, une jeune voyageuse africaine majestueuse et mystérieuse, fuit la guerre et atterrit avec sa mère dans la somptueuse propriété de Fanny, une adolescente blanche maladroite cloîtrée dans une bulle de richesse et d’opulence.

Dans cette ambiance qui dégage un fumet de colonialisme paternalisant, Cécile tombe amoureuse de Rufus, le fils du jardinier, déclenchant ainsi l’éveil sexuel de Fanny.

Lorsque les deux jeunes filles réalisent que le monde dans lequel elles vivent est aussi pourri que le Danemark de Shakespeare, elles s’allient pour tenter de s’affranchir d’un système domestique et étatique cruel destiné à les maintenir sous contrôle…

Critique sociale acérée sur la race, le sexe et la famille, STEAL AWAY est un thriller onirique qui vient titiller notre volonté à sortir de notre zone de confort.

 

Mon Humble Avis :

 

Le réalisateur vient de la télévision, il a fait jusque-là un cinéma engagé.

Ce métrage a été tourné en Belgique, ce qui donne un sens supplémentaire à son sous-texte sur le racisme, avec l’histoire des colonies, comme le Congo belge.

 

Le message aborde donc le racisme, mais au lieu d’une simple illustration historique, il cherche à développer comme une sorte de fable ou de conte à morale.

Il aborde les différences culturelles, les médecines traditionnelles (héritées du vaudou), et perd un peu son sujet principal en cours de route.

Il montre du racisme des deux côtés, même si celui des exploiteurs est évidemment plus cruel.

 

La réalisation adopte un point de vue moderne sur l’identité raciale par la forme du conte, du huis-clôt, de l’érotisme, et du fantastique.

Trouver le bon équilibre entre tous ces ingrédients est délicat, et à mon humble avis échoué ici : il y a trop de choses, on passe le film à se demander où il veut en venir…

 

Les cadrages usent d’une bonne variation de valeurs, les plans larges sont privilégiés pour profiter des beaux décors.

Il y a aussi beaucoup de plans poitrine ou de plans américains pour les dialogues.

Ce sont souvent des travellings lents.

Globalement c’est une grammaire visuelle simple mais efficace.

Il y a quelques effets de reflets, ou du hors-champ exploitant l’architecture de la grande demeure de maître.

 

La photographie emploie une lumière douce, et des clairs obscurs délicats.

Les couleurs sont chaudes et dorées, il y a des oranges, des beiges.

C’est toujours lumineux, avec des tons joyeux.

On voit quelques lens flare.

 

Le montage est calme, employant parfois des fondus enchainés (un procédé devenu rare).

Ça installe une atmosphère mystérieuse.

Il y a aussi beaucoup d’ellipses temporelles, car le récit se déroule sur des mois…

 

Les décors nous montrent une grosse demeure belge en briques rouges.

Il y a un aspect suranné à la déco intérieure bourgeoise.

Le parc est empli d’une nature assez sauvage.

Un quartier multiculturel du village local semble assez anachronique.

La forêt renforce l’aspect conte de fées.

Globalement, les cadres sont remplis de détails.

 

Les costumes nous place dans une époque indéterminable, comme si le sujet se voulait intemporel, ce n’est pas vraiment une reconstitution historique.

Il y a par exemple des tenues, accessoires, bijoux et coiffes afro (surtout pour l’héroïne) qu’on imagine mal sur une immigrée déracinée, tant leur faste et leur sophistication les rapprochent plus d’un podium de mode.

Les dreadlocks font des boucles insensées, renforcés par des cauris, les coquillages emblématiques de la culture d’Afrique de l’ouest.

Ce sont de petits coquillages ovales, blancs ou crème, lisses et brillants, avec une fente dentelée.

Le cauri est devenu un véritable pont entre le passé et le présent, représentant l'identité culturelle africaine.

Il a une symbolique forte : Historiquement, les cauris étaient utilisés comme monnaie d'échange (porcelaine-monnaie) et symbolisaient la richesse, la fertilité, le pouvoir et la protection contre le mauvais œil.

La jeune fille blanche par contre, est infantilisée avec sa jupe en tulle nouée au niveau des genoux.

 

Les SFX sont présents dès le générique avec une vue spatiale, puis un cerf numérique dans la scène d’intro…

Sinon dans le corps du film, il n’y en a pratiquement pas, si ce n’est du faux sang.

L’accouchement est particulièrement bien foutu, avec ce nouveau-né dans son placenta intact qu’il faut percer avec les mains !

 

Le casting nous montre deux jolies actrices principales, dans un groupe principalement féminin d’actrices d’âges différents (fait encore assez rare).

Elles toutes un jeu assez subtil, plein de sensibilité.

Il y a un jeun beau gosse charmeur, et de la nudité frontale masculine.

Le film fait des allers-retours entre les points de vue de ses deux héroïnes.

 

La musique use d’un orchestre de chambre, où le violoncelle est très présent.

Du coup, ça ressemble curieusement à une BO de film de fantôme…

On entend aussi des chansons folkloriques africaines, et du zouk, de façon diégétique.

 

En conclusion, avec ces quelques touches de sorcellerie vaudou, le film se tient à la frontière du genre fantastique (sans jamais y aller vraiment non plus), on dirait que le scénario se cherche sans choisir un sujet avant la toute dernière partie.

Ça reste un beau film, au rythme lent mais envoutant, avec de beaux passages, mais c’est au niveau du scénario que ça pêche.