Sicko

 

Original Title : AURU

Director : Aitore Zholdaskali

Screenplay : Aldiyar Zhaparkhan & Kazbek Orazbek

Cast : Ayan Utepbergen, Dilnaz Kurmangali, Azat Zhumadil & Aida Kurmangaliyeva

DOP : Bagdat Argynov

Producer : Anna Katchko & Kuanysh Beisekov

Production : Tartaria Films / Tandem Production

Distribution : Loco Films

World Sales : Loco Films

Year : 2026

Country/Region : Kazakhstan

Audio : Kazakh

Subtitles : EN / FR / NL

Running time : 102

Genre(s) : black comedy

 

L’avis du BIFFF :

Avec un taux de chômage en dessous de 5%, on peut se dire qu’Almaty est l’eldorado des jeunes en quête de boulot stable.

À moins d’être un branleur opportuniste tel que Tansholpan, qui collectionne les dettes comme des cartes Pokémon.

Mais, plutôt que de penser à un plan d’apurement avec sa banque, il décide d’embarquer Azamat, sa femme enceinte, dans une arnaque morbide: faire croire qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale, lancer un crowd-funding sur les réseaux sociaux et ramasser les pépètes.

Avait-il imaginé qu’ils allaient devenir le symbole d’une nation, tout en engrossant un pactole hallucinant ?

Bien sûr que non.

Tansholpan est incapable d’anticiper quoi que ce soit, encore moins l’intérêt soudain que la pègre locale va avoir pour son couple…

Un condensé de violence, d’humour noir et de cynisme qui confirme la montée en puissance du Kazakhstan dans le cinéma de genre !

 

Mon Humble Avis :

 

Ce film a d’abord été interdit dans son pays d’origine, le Kazakhstan, à cause de sa fin jugé trop immorale, et sa dénonciation de la corruption gangrénant la société kazakhe.

Mais sa sélection et son succès au festival de Cannes lui ont permis de sortir malgré tout sans censure.

Son scénario s’inspire d’un fait divers réel d’arnaque aux dons, mais brosse des personnages totalement inventés.

 

Le message attaque autant la folie des réseaux sociaux que l’hyper capitalisme étouffant toute trace d’humanité.

L’argent rend fou, par son prisme autrui devient un simple objet de consommation (même l’être autrefois aimé), et toute relation devient une confrontation où seul le plus cruel peut l’emporter.

Un constat glacial, excessif sur la fin, mais qui est sauvé par une distanciation humoristique.

C’est intéressant que le héros, ou anti-héros, évolue à ce point, ou qu’on finisse par ne plus savoir qui sont les méchants dans cette histoire très noire.

 

La réalisation de cette satire sociale manie l’humour noir comme arme de destruction massive, mais le passage « home invasion » du métrage est sans doute trop long, plombant le dernier tiers.

 

Les cadrages utilisent une bonne variété de plans.

Citons par exemple un beau ralenti lors d’un accident de voiture.

Parfois on a des cadres indirects dans des reflets.

Il y a même un traveling compensé dans le petit espace de l’appartement de notre couple de classe populaire.

La femme est souvent au premier plan, et l’homme au second, lui ment ouvertement, elle ne s’exprime pas oralement mais on ressent sa détresse intérieure.

 

La photographie est naturaliste, de couleur vert pâle avec des éléments rouge (comme dans certains films thaïlandais).

Les extérieurs sont plus froids.

 

Le montage est dynamique.

Il ressemble même à un clip, lorsqu’il faut représenter en ellipse l’euphorie du succès initial…

Ça avance au rythme des gags (d’humour noir), et mets en place la situation propice au drame final.

Il y a beaucoup de dialogues et peu d’action, jusqu’au déferlement de violence du dernier tiers du métrage.

C’est un peu déséquilibré sur ce plan.

 

Les décors urbains sont réalistes, on voit un appartement pauvre, des rues, une mosquée, un hôpital, et une soirée chic…

 

Les costumes sont réalistes, de classe populaire, rien à signaler de particulier sur ce point.

 

Les SFX se contentent de représenter des blessures, d’abord minimes, puis carrément mortelles, faites à mains, au couteau, ou avec le mobilier…

Par exemple, on a des clefs de voiture plantées dans un crâne !

La bagarre finale est plus violente que celle des films coréens, c’est bien gore, et le nettoyage post-baston est encore plus glauque !

 

Le casting fait dans le misérabilisme.

Les acteurs principaux n’hésitent pas à se raser réellement la tête à l’image.

Il y a un jeune couple de méchants junkies encore plus amoraux que notre couple de anti-héros, mais ils ne sont pas très réalistes, un peu excessifs, et nous sorte de la peinture sociale subversive pour nous plonger dans la série B provoc’…

Le héros, d’abord simplement pathétique, devient progressivement le vrai vilain du film, c’est assez perturbant.

 

La musique donne dans l’électro dynamique lors du clip de la réussite, mais ensuite elle devient peu présente.

C’est de l’ambiant discordant, avec un effet de sirène répétitif lors de l’action.

 

En conclusion, c’est dommage car le film sort de son sujet initial : il est à cheval entre drame sociétal et comédie noire, sans vraiment choisir.

Ça fonctionne si on le regarde en ricanant, au second degré, mais pas au premier.