Wet monday
Director : Justyna Mytnik
Screenplay : Justyna Mytnik, Rosanna Hall, Monika Dembinska & Weronika Kozakowska
Cast : Julia Polaczek & Nel Kaczmarek, Weronika Kozakowska, Jowita Budnik & Maja Kleszcz
Photography : Maciej Twardowski
Producer : Marta Gmosinska, Marianne Ostrat, Vratislav Šlajer & Jakub Košťál
Production : Lava Films / Alexandra Film / Bionaut
Distribution : Reel Suspects
World Sales : Reel Suspects
Year : 2024
Country : Czech Republic, Estonia, Poland
Running time : 84'
Genre(s) : coming-of-age, fantasy
L’avis du BIFFF :
Si, ici, le lundi de Pâques est avant tout un jour de congé bienvenu – surtout WELCOOOME cette année, car vous pourrez rester un peu plus longtemps à la soirée de clôture du BIFFF -, il s’agit d’une affaire bien plus importante dans la Pologne catholique.
Ce jour-là, les hormones de milliers d’adolescents polonais s’emballent lorsque des garçons vêtus de costumes colorés tentent d’éclabousser des filles avec de l’eau.
La métaphore sexuelle de cette tradition apparemment inoffensive est évidente et, au milieu de tout ce plaisir, les limites sont parfois franchies.
Avec violence.
C’est le cas de Klara, 16 ans, qui a été violée par un inconnu masqué lors de la fête de l’année dernière.
Choquée et confuse, elle garde tout pour elle.
Jusqu’à ce qu’elle en parle à Diana, l’ésotériste locale un peu perchée, qui l’aide à surmonter son traumatisme… et à se venger !
Mon humble avis :
Au vu du sujet difficile du film (le viol d’une adolescente), il est projeté en « silent screening ».
C’est un nouveau concept au BIFFF cette année (suite à des débordements et des plaintes lors d’une séance l’an passé), la silent screening doit se faire en silence donc, il y est interdit de blaguer à voix haute comme c’est la tradition par ailleurs au BIFFF.
Pour ce film, on considère que les blagues auraient nui…
Le présentateur organise du coup une petite séance défouloir avant le film, faisant crier la salle en polonais, histoire que toutes les conneries habituelles soient sorties, avant de s’y mettre !
Le message du film consiste à faire prendre conscience des conséquences d’une telle agression.
Le « rape and revenge » est plutôt utilisé par la sexploitation dans le cinoche de genre, mais ici on exclue le voyeurisme malsain, pour se concentrer sur la reconstruction psychologique de la victime.
La Pologne est aussi un pays très catholique, et le poids de l’église se fait sentir sur cette société, la victime croit-elle avoir vécue une punition divine ?
En tout cas, elle ne recevra pas de soutien de ce côté-là, mais plutôt de la sororité.
Les relations complexes entre filles, entre amies ou entre sœurs, étant au centre du métrage.
La réalisation use parfois d’effets de documentaires (avec sa caméra secouée lors des malaises de l’héroïne), et s’intéresse avant tout à ses personnages.
Il y a des passages évidemment malaisants, mais l’humanité qui se dégage de l’ensemble a raison du drame, pour dresser finalement un portrait optimiste de cette victime qui ne se laisse pas détruire, sa « force de vie » primant sur tout le reste…
La photographie est encore bleue et orange (une constante cette année), et offre une belle image contrastée, avec parfois une lumière légèrement surexposée (comme chez David Hamilton, un référence plutôt sulfureuse).
Notons des passages oniriques traités dans le même style que le reste.
Le montage est enlevé, pas trépidant mais néanmoins énergique.
Il prend son temps en première partie, mais la tension monte au fur et à mesure du compte à rebours nous rapprochant de la fête de Pâques.
Le film fait l’ellipse de l’acte de viol lui-même, pour insister sur ses conséquences, c’est un choix beaucoup plus efficace.
Les décors sont plein de détails culturels, on a un petit village polonais typique.
Il est d’abord sous la neige, puis le dégel y fait couler de l’eau partout, avant que le printemps l’inonde d’une chaude lumière, et qu’il éclot de nombreuses fleurs et champignons un peu partout.
Les décorations de Pâques sont multicolores et principalement florales.
Même les intérieurs sont un patchwork d’accessoires multicolores.
Le thème de l’eau reste omniprésent dans ces décors (rivière, égout)…
Les costumes nous montrent des toques en fourrure, de nombreuses vestes en jeans, et les déguisements pour Pâques en clowns-arlequins masqués.
Signalons quelques originalités, comme le look « deschiens » de la médium, ou la coiffe de la déesse des rêves, ou même la version aventurière de fantasy de l’héroïne dans sa version onirique.
Les SFX permettent juste une scène d’envol de pétales en CGI.
Le casting se base surtout sur des jeunes bien énergiques.
Le personnage de la médium est à la fois fascinant et amusant, c’est une "interprète des rêves" (comme dans la saga Majipoor de Robert Silverberg) !
La musique est étrange, elle emploie un accordéon, un orgue de barbarie, tout ça fait un peu vieillot.
Une voix féminine psalmodie sa souffrance, ou des murmures inquiétants, soutenue par un violoncelle très grave.
Les solos de la « cantatrice-shaman » sont particulièrement marquants.
Notons aussi le solaire chant tribal qui clôt le métrage, étonnamment dans la joie !
En conclusion, ce film est bien attachant, il traite son sujet difficile à la fois de façon réaliste et courageusement positive, pour donner de l’espoir avant tout.
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