Les Cannibales
L’Avis du FEFFS :
Dans une société totalitaire où les cadavres sont abandonnés à même les rues, une femme décide de braver les interdits pour enterrer son frère avec l’aide d’un mystérieux inconnu.
Deuxième long métrage de Liliana Cavani, Les Cannibales est librement inspiré du récit classique d’Antigone, à l’heure où le cinéma italien, Pasolini en tête, puisait dans les tragédies grecques pour évoquer les dysfonctionnements d’une société malade de ses dérives politiques.
Italy – 1969 – 1hr28
Director: Liliana Cavani
Actors: Britt Ekland, Pierre Clémenti, Tomas Milian
Mon Humble Avis :
Cette adaptation de Sophocle a déjà 55 ans.
Elle utilise aussi des métaphores catholiques, comme le signe du poisson, ou la ressemblance du personnage mystérieux avec Jésus, physiquement comme spirituellement.
Le message décrit le fascisme italien de l’époque, grâce au prisme de l’anticipation.
Il traite aussi du traumatisme dû à la seconde guerre mondiale, ainsi que des violences policières (toujours d’actualité).
On y enjambe les cadavres, indifférents à leur présence à cause de l’habitude, comme dans la réalité avec les SDF…
La réalisatrice Liliana Cavani (« Portier de nuit » en 1974) construit ici une satire sociale avec une emphase religieuse.
Par exemple, elle film un passage à tabac en vue subjective pour mieux renforcer notre identification aux héros en crise mystique.
Les cadrages emploient la caméra portée, et beaucoup de plans larges.
La photographie est grisâtre, comme si on avait désaturé les couleurs.
Le montage est plutôt enlevé pour l’époque, mais la répétition de scènes se ressemblant de trop finit par ennuyer…
Les décors urbains montrent des corps gisant à même les trottoirs dans les rues.
C’est filmé à l’aube et au crépuscule, pour éviter la foule et la circulation, ce qui donne cet air de fin du monde au film.
Les décorateurs ont rajouté des affiches de propagande fasciste sur les murs.
On voit aussi un bord de mer, un champ de course de polo, des bains publics, une église, et une garnison militaire.
Les costumes contemporains sont réalistes.
Notons les chaussures rouges du prêtre donnant la bénédiction aux cadavres gisant dehors.
On voit beaucoup d’uniformes de miliciens et de maîtres-chiens.
Une poursuite avec le couple de héros totalement nus est assez originale.
Les SFX se contentent de maquillages de coups.
Le casting emploie une actrice suédoise, Britt Ekland, connu des amateurs du genre par ses tournages en Angleterre et en Italie.
Par exemple, c’est elle qui tente le héros dans The Wicker Man avec sa danse lascive…
Sa beauté mystérieuse colle bien à son personnage d’anticonformiste.
Pierre Clémenti a vraiment un look de poète maudit, il semble habité par son personnage (ou bien il a fumé de l’herbe) !
Tomas Milian est d’abord à contre-emploi, avec un rôle de riche marchant dans le système, mais il finira bien par se rebeller, et nous donner une scène hystérique où il « devient » psychologiquement un animal.
La musique est composée par l’immense Ennio Moriconne et l’orchestre est dirigé par Bruno Nicolaï (lui aussi un bon compositeur pour la série B italienne).
On y entend une menace sourde stressante, avec une mélodie sérielle, et elle emploie l’harmonium avec un son bien daté.
Par contre, si les chœurs sont toujours superbes, la chanson du générique sonnait peut être bien dans les seventies mais fait ringarde aujourd’hui.
Rien ne vieillit plus vite que la pop !
En conclusion, ce film d’auteur est un peu mou, c’est une sorte version italienne de « 1984 » d’Orwell, avec un côté fable mystique, qui peut plaire aux amateurs, même si elle a indéniablement vieilli.
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Les Courts Métrages Français (part 1)






























