ChaO

 

L’Avis du FEFFS :

 

Dans un monde où cohabitent humains et poissons, la vie de Stephan, employé ordinaire, bascule lorsqu’il reçoit une demande en mariage de la princesse sirène ChaO.

Commence alors une cohabitation explosive entre deux êtres que tout oppose.

ChaO est la nouvelle création d’Eiko Tanaka, ancienne productrice emblématique du studio Ghibli et fondatrice du Studio 4°C (Mind GameAmer BétonMutafukaz).

À l’heure de la domination mondiale de la 3D, elle a fait un pari fou : produire un premier long métrage comptant plus de 100 000 dessins réalisés à la main.

Le résultat : une comédie d’action survoltée, hymne joyeux à la différence et à la beauté des liens entre les espèces.

 

Japan – 2025 – 1hr30 – 3D computer, cel

Director: Yasuhiro Aoki

Producer: Eiko Tanaka

Writer: Yasuhiro Aoki

Voices: Kenta Miyake, Taro Nikuguso, Kavka Shishido

 

Mon Humble Avis :

 

La productrice Eiko Tanaka, issue de Ghibli (époque Mon voisin Totoro, ou Kiki la petite sorcière) a décidé avec son propre studio de produire un véritable conte enchanteur.

 

Le message nous explique comment grandir dans la bienveillance, afin que les peuples se rapprochent pour un meilleur avenir commun.

Le scénario condamne aussi les grosses sociétés industrielles qui se moquent de leur impact écologique.

Il questionne aussi la possibilité d’un véritable amour au sein d’un mariage forcé…

 

La réalisation enlevée et dynamique mélange des effets de comédie et de romance.

Le réalisateur Yasuhiro Aoki (Batman Gotham Knight) dessine depuis l’enfance, mais a un style bien particulier, hors des sentiers battus du manga et de l’animé.

Il a voulu relever le défi d’un dessin animé réalisé à 70% à la main.

Cela décrit un univers quotidien où les éléments fantastiques sont banals pour ses habitants.

On y relève un hommage inattendu à John Woo lorsqu'un couple se chamaille avec leurs cafés…

Mais les références les plus appuyées vont vers la filmographie de Stefen Chow, dont apparemment Yasuhiro Aoki est un gros fan.

Kung-Fu Hustle, Le Pèlerinage du Roi Singe, Shaolin Soccer, CJ7, et bien entendu The Mermaid, beaucoup d’éléments évoquent ces films chinois !

 

Les cadrages reproduisent des arrêts sur image en plein mouvement, comme sur un montage en prises de vue réelles.

 

La photographie lumineuse et chargée en détails allie des couleurs qu’on retrouve souvent dans les films asiatiques (rose/vert/bleu).

 

Le montage est rapide, alternant des plans de perspectives différentes pour un plus grand impact visuel.

On suit souvent deux actions parallèles en montage alterné.

 

Les décors nous montrent une ville d’anticipation où les sirènes sont parmi nous (avec des tunnels d’eau entre les buildings, et des coraux lumineux en guise de lampadaires).

Cette ville est le Shanghai du futur (une ville chinoise donc !).

Un bâtiment a la forme d’une ancre de marine.

Les arrières plans sont extrêmement détaillés, mais pas dessiné à la règle, ils ont des contours qui semblent croqués rapidement (un peu comme les dessins du virtuose coréen Kim Jung Gi).

Les décors ont des traits de contours bleus.

 

Les costumes sont réalistes et sobres, pour mieux que l’œil se concentre plutôt sur les looks étranges venu de la mer (poissons, cétacés, poulpes, tortues, etc…), ou caricaturaux (humains à grosses têtes).

 

L’animation est à l’ancienne (en pose clefs, pas au rotoscope), mais elle emploie quand même quelques effets numériques quand le chaos s’empare de l’action.

 

Le design est étrange, par exemple les nez sont juste symbolisés par des ombres.

Les tracés de contours sont hésitants, parcourus de vaguelettes lors des mouvements.

Les physionomies sont très allongées, ça fait penser à du character design de Peter Chung (Aeon Flux) ou parfois même de Bill Plympton (Les Mutants de l’Espace) !

Tous les personnages sont très colorés.

Il y a des êtres marins mi hommes mi poissons, ou pieuvres, dont les traits sont plus humains sur la terre ferme, et plus animaux marins dans l’eau (ou vu au travers de l’eau).

La sirène est superbe avec sa chevelure liquide.

On retrouve carrément le personnage fétiche de Stefen Chow dans de nombreux films : un travesti qui se cure le nez et s’essuie dans le dos de son interlocuteur !

 

La musique est entraînante et joyeuse, elle est capable d’émouvoir.

Les bruitages sont très forts, et rythment souvent le montage (les changements de scènes entre autres).

 

En conclusion, ce métrage cède parfois à la mode du kawaï, notamment pour l’héroïne poisson, mais ça reste employé dans un style personnel.

Cette fable stylisée fait passer un très bon moment.