Jin Roh la Brigade des Loups

 

L’Avis du FEFFS :

 

Dans une réalité alternative où l’Allemagne aurait gagné la seconde guerre mondiale, un régime dictatorial est instauré dans l’archipel nippon.

Un soldat appartenant à une faction paramilitaire chargée de réprimer les révoltes est pris de remords après le suicide d’une jeune opposante.

Adapté d’un manga de Mamoru Oshii, ce classique de l’animation parvient à concilier l’action et l’émotion dans une vaste réflexion sur les dérives militaristes d’une société totalitaire.

 

Japan – 1999 – 1hr42

Director: Hiroyuki Okiura 

Voices: Sumi Mutoh, Yoshikatsu Fujiki, Yoshisada Sakaguchi 

 

Mon Humble Avis :

 

La saga des Kerberos (le cerbère de la mythologie grecque) est sans doute l'œuvre à laquelle Mamoru Oshii (« Patlabor », « Ghost in the Shell », « Avalon ») est le plus intimement lié.

Elle débuta en 1987 par un premier film en noir et blanc (avec deux segments en couleur, à la Avalon« Lunettes rouges », se poursuivit de 1988 à 2000 par une série de BD manga « Kerberos Panzer Cop » dont il est le scénariste, se continua en 1991 par un second film cette fois entièrement en couleur et disposant de plus de moyens « Stray Dog Kerberos Panzer Cops », tourné à Taïwan, puis le cycle se poursuivit en 1999 par l'adaptation en film d'animation du premier tome de son manga (Acte I~4), Jin-Roh, qui est réalisé par un de ses disciples Hiroyuki Okiura. 

Dans la saga uchronique Kerberos, Hitler est tué durant l’opération Walkyrie, l’Allemagne est dénazifiée, mais gagne quand même la seconde guerre mondiale.

Le Japon est occupé un temps par l’Allemagne, et devient un état totalitaire fasciste (hem… en fait il l’était déjà un peu sans ça dans la réalité, mais passons).

Les unités Panzer Cop sont créées pour être des policiers anti-émeutes, contre les soulèvements de la populace.

A la base, Jin-Roh devait conclure la trilogie de films live Kerberos, mais Oshii pris par d’autres projets l’a confié à Okiura pour qu’il en fasse une animation en images de synthèses…

Ce dernier a réécrit le scénario, a opté finalement pour une animation traditionnelle, et cela a déclenché une brouille terrible entre les deux cinéastes.

Notons que cet animé culte a été ensuite remaké en live par la Corée du sud en 2017, par le réalisateur Kim Jee-woon.

Le scénario de cet « Illang : La Brigade des loups » se situe alors en 2029, lors de la réunification de la Corée.

 

Le message traite des sociétés totalitaire et de leurs moyens de répression.

Ces flics instrumentalisés ont-ils encore leur libre arbitre après un tel lavage de cerveau par la propagande de l’état ?

Du coup, sont-ils vraiment responsables de leurs actes ?

Il en est de même pour les terroristes extrémistes de la rébellion…

Il y a de plus des références au conte de fée du Petit Chaperon Rouge :

Dans Jin-Roh, les membres de La Secte utilisent des jeunes filles comme coursiers pour transporter les bombes.

Les services de polices les surnomment les « petits chaperons rouges ».

Une équipe de policiers déloyale au système se fait appeler « la Brigade des Loups »

 

La réalisation est comme s’il s’agissait d’un film en prises de vue réelles, il n’y a aucun plan impossible qui justifierait l’animation.

Le style est vraiment académique, avec beaucoup de plans fixes.

C’est un film d’auteur, employant la métaphore du conte dans un cadre dystopique.

 

Les cadrages imite ceux d’un film live, par exemple notons ce dézoom sur un grillage reproduisant un changement réaliste de profondeur de champ.

 

La photographie est assez sombre, c’est un camaïeu de brun, avec des touches de rouge orangé.

Il y a de beaux contrastes dans ces images imitant des photographies sépia des années 50.

 

Le montage est suffisamment nerveux dans les rares scènes d’action, mais mou dans la plupart des autres moments, assez bavards ou contemplatifs.

La lenteur du rythme est à l’image des difficultés de communication entre ce flic rongé par la culpabilité et cette fausse sœur endeuillée, s’interdisant le droit au bonheur malgré leur attirance réciproque.

 

Les décors urbains montrent un Tokyo militarisé.

On voie les égouts, un centre d’entrainement, des bureaux de réunions politiques, un jardin d’enfant, un quartier populaire, une casse sous la pluie, un embarcadère commercial… et le tout avec des arrières plans très détaillés.

 

Les costumes sont réalistes pour l’époque reproduite.

L’armure Panzer est culte, c’est un mélange de plate de chevalier ou de samouraï avec un exosquelette de SF, type mécha de Warhammer.

Ces soldats Panzer lourdement armés portent des armures noires, des lunettes infra-rouges, des Maschinengewehr 42, des Luger P08 (il y a un fort fétichisme des armes à feu), qui font à la fois penser à des cyborgs et aux tenues intimidantes de l'armée allemande.

Leur look est d'ailleurs repris sur l'affiche du FEFFS 2025.

 

L’animation est fluide, à telle point qu’on se demande si la technique du rotoscope (acteurs réels filmés puis redessinés) n’aurait pas été employée sur certains plans.

Par contre, il y a pas mal de plans assez statiques où les personnages parlent en restant immobiles.

Cela recherche le sérieux et la crédibilité avant tout.

               

Le design des visages est réaliste et varié, avec des expressions aussi loin que possible des clichés du manga.

On a aujourd’hui totalement perdu ce style d’animé réaliste, avec la mode couillonne du kawaï.

Le anti-héros s’humanise à peine, la manipulation psychologique est crédible.

Par contre, il y a un peu trop de personnages secondaires dans cette intrigue d’espionnage tortueuse…

 

La musique symphonique est assez froide, triste et dramatique, avec des passages nostalgiques.

Mais elle est peu présente…

On entend aussi une musique diégétique dans la fête foraine.

 

En conclusion, ce film culte a bien résisté au passage du temps, il supporte tout à fait un visionnage aujourd’hui.

Son uchronie pessimiste est malheureusement toujours d’actualité.