Bugonia

 

L’Avis du FEFFS :

 

Deux jeunes hommes obsédés par les théories du complot kidnappent la PDG d’une grande entreprise, convaincus qu’elle est une extraterrestre déterminée à détruire la planète Terre.

Yorgos Lanthimos, enfant terrible du cinéma grec à la carrière depuis longtemps internationale, revient avec un huis clos empli d’humour noir dépeignant les problématiques de nos sociétés contemporaines que sont le capitalisme écocide, le complotisme et le transhumanisme, mais aussi les fractures sociales et idéologiques qui séparent les individus.

Emma Stone et Jesse Plemons délivrent une interprétation poignante dans cette farce satirique et stylisée qui flirte avec la science-fiction.

 

UK – 2025 – 1hr57

Director: Yorgos Lanthimos

Producers: Yorgos Lanthimos, Ed Guiney, Andrew Lowe

Writer: Will Tracy

Actors: Emma Stone, Jesse Plemons, Aidan Delbis

 

Mon Humble Avis :

 

Save The Green Planet! est un film sud-coréen réalisé par Jang Joon-hwan, sorti en 2003.

A l’époque, c’est un gros flop commercial, même s’il obtient un statut de film culte au travers des festivals internationaux, où il obtient de nombreux prix.

Le projet d'un remake en langue anglaise du film sud-coréen démarre en 2020.

Le scénario est adapté par Will Tracy.

Jang Joon-hwan est un temps envisagé à la réalisation, mais entretemps il réalise une comédie qui se plante encore au box-office, et est donc finalement écarté du projet. 

Ari Aster participe au projet comme producteur et prend notamment la décision de changer le genre du personnage central du PDG d'un homme à une femme.

En février 2024, il est révélé que Yórgos Lánthimos va finalement réaliser le film.

La société Element Pictures rejoint également le projet.

En mai 2024, au Marché du film de Cannes, il est révélé que le film s'intitulera Bugonia.

Pourquoi ?

La bugonia ou bougonie, du grec βοῦς (bœuf) et γονή (progéniture), littéralement « progéniture du bœuf », est un rituel sacrificiel rapporté par divers auteurs de l'Antiquité et attribué aux anciens Égyptiens, fondé sur la croyance que les abeilles peuvent naitre du cadavre d'un bovin…

Le personnage principal veut faire renaître les abeilles, il sacrifie des vies pour cela, et le réalisateur est grec.

En février 2024, Emma Stone est envisagée pour l'un des rôles principaux, pour sa 4e collaboration avec le cinéaste grec.

 

Le message condamne l’hyper-capitalisme, le manque d’éthique dans l’industrie pharmaceutique, mais donne curieusement raison au complotisme…

Le remake atteint moins son objectif que l’original car les kidnappeurs sont ici totalement idiots, alors que le film coréen laissait planer le doute sur ses motivations (A-t-il raison de se venger ainsi ? Le PDG enlevé mérite-t-il son sort ? Les aliens menacent-ils vraiment la Terre ?)…

 

La réalisation est celle d’une comédie absurde et cruelle, mais avec trop de dialogues.

On perd un peu la folie du film d’origine, son exubérance, pour une mise en scène télévisuelle de série.

 

Pour sa troisième collaboration avec le directeur de la photographie irlandais Robbie Ryan, Yórgos Lánthimos tourne ce long métrage en 35 mm avec des caméras VistaVision.

La photographie de jour est naturaliste, de nuit on a une lumière dorée, chaleureuse, avec des couleurs bois et rouges.

Les flashbacks sont en noir et blanc, c’est un peu simpliste.

 

Les cadrages emploient des plans fixes, du champ-contrechamp, que des procédés très ordinaires.

 

Le montage est assez lent, le film est beaucoup plus bavard que l’original, qui ressemblait davantage à un film des frères Cohen.

Même si la trame du scénario coréen est suivie à la lettre, il manque beaucoup d’action et de violence : Emma Stone se fait seulement électrocutée (et encore hors-champ), alors que le film original était un vrai « torture porn » avec crucifixion et fracture à coups de masse, de même il n’y a pas de baston finale entre les deux antagonistes.

 

Le tournage débute en juillet 2024 à High Wycombe dans le Buckinghamshire en Angleterre.

Il se déroule également à Henley-on-Thames dans l'Oxfordshire, ainsi qu'à Atlanta.

Le réalisateur voulait tourner la scène finale à l'acropole d'Athènes, mais n'a pas reçu les autorisations nécessaires.

La plage de Sarakíniko, sur l'île de Milos, est choisie comme alternative.

Les prises de vues s'y déroulent en mai 2025.

Les décors montrent donc une baraque de riche, une compagnie hightech à la déco épurée, et une ferme modeste pleine de détails ringards.

 

Les costumes des deux zigottos font Deschiens, avec des coiffures de dinguos, et des barbes négligées.

Emma Stone se fait réellement raser la tête à l’image, toute la promo du film va donc tourner autour de ça…

 

Les SFX sont principalement des CGI, pour visualiser une vue de la Terre depuis l’espace, la lévitation de la mère du antihéros, le vaisseau alien, d’abord modelé en 3D à pauvre définition au niveau d’un amateur, puis finalement à haute définition au niveau d’un blockbuster.

Le plus bel effet spécial est lorsqu’Emma se remet le genou en place !

 

Le casting remplace donc l’homme kidnappé par une femme, jouée par la star Emma Stone.

Elle est froide et dangereuse, antipathique de prime abord (par son phrasé, sa gestuelle, et bien sûr par ses paroles et ses actes).

Sa voix grave insiste sur sa position dominante.

Dans Save the green planet, on finissait par avoir de l’empathie pour le PDG, et souhaiter qu’il s’en tire, car on subissait son calvaire avec lui.

Là ça ne fonctionne pas, déjà parce qu’elle souffre beaucoup moins, mais surtout parce qu’elle reste manipulatrice jusqu’au bout.

Les deux rednecks crados remplacent le couple adulescent original, avec beaucoup moins de charme et de poésie.

Ils sont tellement idiots que toute identification est impossible.

Là encore, la magie du film original n’est pas retrouvée.

Et que dire du flic à tendance pédophile ???

Cet aspect totalement absent du scénario coréen semble juste là pour qu’on accepte plus facilement sa mort cruelle.

Un procédé bien pathétique…

 

La musique symphonique use de sons graves et répétitifs, on dirait une sirène d’alarme désagréable et irritante.

De plus elle est mixée à un volume beaucoup trop fort.

Elle en fait des tonnes dans les moments dramatiques.

 

En conclusion, je n’ai pas été du tout convaincu par ce remake, pourtant fidèle à l’original en théorie sur le papier, mais en pratique n’en retrouvant pas du tout la saveur.

Pire que ça… j’ai trouvé ça tellement triste qu’un film brillant, au propos anticapitaliste et anarchiste, qui a malheureusement fait un flop et a été presque oublié, revienne sous la forme de ce remake raté, qui lui par contre va évidemment faire le buzz !

Le film coréen n’est même pas cité sur l’affiche, le titre en est changé, le métrage a été comme effacé, et remplacé par cet erzatz bien fade.

C’est énervant pour les rares cinéphiles qui ont aimé Save the green planet de le voir devenir ainsi un produit insipide, dont la publicité ne retiendra que l’audace capillaire de son actrice américaine…