TORRENTE 5 MISSION EUROVEGAS


Genre : black comedy, near future
Pays : Espagne
Réalisateur : Santiago Segura
Cast : Alec Baldwin, Carlos Aceres, Julian Lopez, Santiago Segura
Scénario : Santiago Segura
Soundtracks : Roque Banos
Producteur : Santiago Segura
Distributeur : Filmsharks International
Année : 2014


Synopsis :

En 2018, José Luis Torrente sort enfin de prison et découvre une Espagne qui a méchamment changé de gueule : la Catalogne est désormais indépendante, le pays s’est fait éjecter de l’Union Européenne avec un retour aussi sec à l’ancienne peseta et a intégré le top 5 mondial pour ce qui est de l’exploitation des mineurs d’âge. Pas spécialement motivé à l’idée de vendre des churros dans une gargote ambulante, Torrente va vite replonger dans ses anciens travers en découvrant le fastueux casino Eurovegas, véritable indécence de milliardaires plantée au milieu d’une capitale rongée par la crise. Le plan ? Faire copain-copain avec l’ancien responsable de la sécurité du casino, un certain John Marshall, réunir son équipe habituelle et profiter de la finale de la Coupe du Monde de foot qui opposera la Catalogne à l’Argentine pour vider les coffres ! En théorie, c’est du pur caviar. Mais l’ami Torrente, dans sa traditionnelle mégalomanie où tout est toujours fingers in the nose, oublie une chose : sa fine équipe tient plus de Rain Man que d’Arsène Lupin, avec une propension phénoménale à la connerie rédhibitoire…


L’avis du BIFFF :

Pour les troglodytes qui ne connaissent pas Torrente, sachez que ce personnage est aux Espagnols ce que Tintin est chez nous : une véritable icône populaire ! Toujours aussi raciste, misogyne et rétrograde, il revient dans une forme olympique après un 4e épisode en demi-teinte. Santiago Segura en profite pour tailler un costard à la politique ibère, fait appel à Alec Baldwin afin de jouer le vilain et déroule une déconnade absurde, bourrée de caméos hilarants, qui a tutoyé le box-office espagnol aux côtés de El Nino et Marshland !

Mon humble avis :

Santiago Segura trouve la gloire absolue avec « Torrente, el brazo tonto de la ley » (en 1998), film avec lequel il accomplit de nombreux objectifs comme de travailler avec Tony Leblanc, réaliser le film le plus vu du cinéma espagnol (près de 3 millions de spectateurs) et recevoir, en 1999, le Goya du meilleur Metteur en scène.
Torrente est un ex-agent de police raciste, misogyne, obèse, chauve, cochon et qui utilise des méthodes abusives.
Avec ce personnage et l’ambiance « freak » du film, le réalisateur connecte avec les spectateurs et montre aussi, malgré les critiques, qu’il y a un humour entre le dégoût et la sympathie, qui est capable de capturer l’attention de l’audience.
Après le succès de la première partie, il dirige trois épisodes de plus, « Torrente 2: Misión Marbella » (2001), « Torrente 3 : El protector » (2005) et «Torrente 4: Lethal Crisis » (2011).
La saga Torrente, est un des grand succès commerciaux du cinéma espagnol.
Ce cinquième opus ne va pas contredire la légende !
Le message du film semble être « tous des pourris, le pognon avant tout, chacun pour soi ! », mais avec son personnage horrible Santiago Segura critique en fait cette façon de penser, cependant faut-il s’inquiéter de son succès ?
Son public comprend-il vraiment le second (voire troisième) degré de tout ça ?

Ce cinquième épisode profite de son statut de film d’anticipation (se déroulant en 2018), pour oser aborder l'indépendantisme catalan.
L'indépendantisme catalan est un courant politique du nationalisme catalan qui revendique une Catalogne indépendante de l'Espagne et de la France ainsi que l'instauration d'une République catalane.
Se basant sur une revendication du droit à l'autodétermination du peuple catalan, l'indépendantisme catalan défend l'idée que la nation catalane n'atteindra pas sa plénitude culturelle, sociale et économique tant qu'elle fera partie de l'Espagne ou de la France.
Malgré son approbation par les Parlements catalan et espagnol, le statut d'autonomie de la Catalogne de 2005 est rejeté par la Cour Constitutionnelle, ce qui fait croître graduellement le mouvement indépendantiste catalan jusqu'à nos jours.
Les premières manifestations récentes ont lieu en 2005 et 2006, avec 500 000 personnes, et se sont par la suite multipliées.
En décembre 2013, Artur Mas, président de la Généralité de Catalogne, annonce en accord avec cinq des sept partis du Parlement qu'une consultation, qui n'est pas un référendum, aura lieu le 9 novembre 2014 ; ainsi que le contenu de la double question qui sera votée lors de cette consultation d'autodétermination : "Souhaitez-vous que la Catalogne devienne un État ? …Et dans l'affirmative, souhaitez-vous que cet État soit indépendant ?".
Le 9 novembre 2014, sur les 2,5 millions de Catalans qui sont allés voter, 80,7% d'entre eux se prononcent pour l'indépendance de la Catalogne, après avoir répondu "Oui" aux deux premières questions.
10,11% d'entre eux ont voté oui à la première question et non à la deuxième, tandis que 4,55% ont répondu non aux deux propositions.
Le gouvernement espagnol, ayant déclaré illégal la tenue de ce référendum, débouche finalement sur un compromis avec Artur Mas : ces derniers annoncent ensemble le mercredi 14 janvier 2015 la tenue d'un nouveau référendum pour le dimanche 27 septembre 2015, avec comme objectif de déterminer légalement, si oui ou non, la Catalogne devra faire sécession avec l'Espagne…
Santiago Segura tranche (c’est le cas de le dire) la question, en montrant que cette indépendance a bien eu lieu, dés son générique d’ouverture.

La réalisation de ce film à multiples twists est propre et académique.
C’est une parodie de film d’action, surtout des scènes de préparations de plans (où le public peut anticiper sur les conneries à venir), avec des gags pipi-caca-sexe, mais aussi de l’humour de situation, de dialogue, et un casting de tronches hallucinant.
Les cadrages sont fixes, sur pieds, il y a de la grue et des panoramiques sur rails, mais ça reste classique.
Notons un plan qui imite celui de la conclusion de la « Planète des singes », avec Charlton Heston devant la statue de la liberté, lorsque Torrente découvre son stade de foot préféré détruit, dialogues identiques à l’appui (« Ils l’ont fait ! »).
La photographie use de tons jaunâtres avec des contrastes doux.
Le montage est ciselé au ryhtme des gags et du dialogue.
Il est calme, et monte en tempo quand il y a de l’action, conservant toujours un dynamisme de film choral (la multiplicité des personnages permettant toujours beaucoup de plans de coupe de réactions quand ça ne fait que causer).

Les décors sont exagérés et vulgaire, que ça soit dans le misérabilisme cradingue, comme dans la décadence bourgeoise, imitant Las Vegas.
On y retrouve toujours la même dichotomie de lutte des classes, présente chez Santiago Segura depuis ses premiers courts métrages.
Les costumes renforcent le look « Deschiens » des personnages, ils proviennent tous de friperies.
Les SFX sont assez nombreux et coûteux, déjà il y a un générique animé à la James Bond (un « running gag » de la série), et un autre dessin animé plus tard dans le film (lors du trip du héros du à un joint).
On voit aussi des cascades en voitures améliorées numériquement, qui sont vraiment performantes, ainsi qu’un avion en synthèse pour une scène parodiant « Volte face » de John Woo !

Santiago Segura est fortement vieilli et aminci par rapport à l’épisode précédent, mais ça s’explique facilement par l’ellipse de la prison.
Il reste plus dégueu que jamais !
Les autres acteurs ont tous des gueules incroyables, et un surjeu caricatural, mais sont tous attachants dans leur débilité.
Notons la présence de quelques habitués, comme Jimmy Barnatán qui joue un nain acrobate (alors qu’il était un ado roliste dans Torrente 1), ou Neus Asensi qui interprète encore la nympho Amparito, et Carlos Areces (« Les sorcières de Zugarramurdi », « Ghost Graduation », « Balade triste ») qui n’a toujours aucune dignité à l’écran !
Plus étonnant, Alec Baldwin est de la partie, semblant bien à l’aise dans la connerie ambiante.
Il y a aussi une figuration imposante dans ce film.

La musique de Roque Banos est symphonique, il y en a peu quand ça cause, mais durant les scènes qui bougent on retrouve une parodie musicale jazzy de « Ocean’s eleven » très jouissive.
En conclusion, ce film est très amusant malgré (ou grâce à) sa grossièreté assumée, il est définitivement à réserver aux accros du personnage, ou aux soirées arrosées entre potes (parfait pour le BIFFF donc).