MONSTERS

 

United Kingdom 2010
Sci-fi
97 min – colour – 35mm

Director: Gareth Edwards
Producers: Allan Niblo, James Richardson
Screenplay: Gareth Edwards
Cinematography: Gareth Edwards
Editing: Colin Goudie
Music: Jon Hopkins
Cast: Whitney Able, Scoot McNairy

 

 

Synopsis

Il y a 6 ans une sonde de la NASA s’écrase au dessus de l’Amérique centrale, avec des échantillons d’une nouvelle forme de vie à bord.
Peu après, de nouvelles formes de vie apparaissent dans la zone du crash et la moitié du Mexique est mise en quarantaine, considérée comme une zone contaminée. Six ans plus tard, les militaires américains et mexicains se battent encore pour maîtriser les «créatures»… L’histoire commence lorsqu’un journaliste des Etats-Unis accepte de raccompagner une touriste américaine en état de choc, du secteur mexicain contaminé vers la zone sécurisée de la frontière américaine.


L'AVIS DU BIFFF

Dans un futur proche... : la N.A.S.A. a eu la bonne idée d’envoyer une sonde spatiale dans la banlieue de Jupiter dans le but de chercher une forme de vie intelligente. Elle a très bien fait son boulot, puisqu’elle est revenue avec plein de nouveaux copains, mais elle n’a pas su négocier son retour en douceur, aussi utopique qu’un créneau impeccable en Smart avec une équipe de foot à l’arrière. Six ans plus tard, la zone du crash – au nord du Mexique – est circonscrite par les militaires, car les passeurs de clandestins servent désormais de pause Kitekat à ces lointains cousins de Paul le poulpe, et l’endroit est aussi fréquenté que la frontière nord-coréenne. À Mexico, comme partout ailleurs, les gens se sont habitués à la zone infectée et continuent leur petit bonhomme de chemin, à l’instar d’Andrew, photographe free-lance profitant d’un congé bien mérité. Mais son petit break tacos-tequila va vite tourner court lorsque son patron lui ordonne de rapatrier Samantha, sa fille qui doit se marier fissa aux Etats-Unis. Seul problème – mais de taille – : les dernières navettes sont rentrées au bercail et la seule possibilité de retour se résume à un jungle trip droit dans la gueule du poulpe.

15.000$ de budget, une équipe de 4 personnes (acteurs compris), des effets spéciaux réalisés sur Mac avec un rendu digne d’un blockbuster et un titre plus qu’évocateur. Voilà le pari fou de Gareth Edwards ! La rumeur parle de District 9, The Mist et d’une ambiance shyamalanesque; on crie au génie et Edwards a déjà été parachuté aux commandes d’un nouveau monstre : le prochain Godzilla !

 

L'AVIS DU FEFFS

Gareth Edwards

Gareth Edwards a toujours repoussé les limites de la réalisation. Son film de diplôme de fin d’études était un des premiers films d’étudiants à mêler images réelles et effets numériques. Il en résulta qu’il fût rapidement dérouté vers une carrière créant des films gagnant des BAFTA et nominés aux EMMY Awards « depuis sa chambre à coucher ».
Il a récemment ouvert de nouvelles brèches en réalisant un film épique avec Attila le Hun pour la BBC, créant les 250 effets visuels lui-même. Mais frustré par la réalisation « en série », il s’inscrit au Sci-Fi-London 48 Hour Film Challenge en espérant prouver qu’on peut faire un film sans équipe et seulement un acteur en deux jours. Le film a gagné le premier prix et lui a permis de réaliser son premier long métrage…Monsters.

Mon humble avis

Avec son titre racoleur, « Monsters » a des chances de passer pour ce qu’il n’est pas, un film d’action horrifique, et de rater son public, ceux qui se laisseraient tenter par une romance de science-fiction.
Le scénario prend le temps de poser un cadre plausible, réaliste, aux événements fantastiques décrits, et d’exposer calmement ses enjeux pour les personnages impliqués, avec une psychologie plus fine qu’à l’accoutumée dans le genre.
Du coup, quand surviennent les rares passages de pure SF, on y croit à fond ; beaucoup jugeront sûrement qu’il ne s’y passe finalement pas grand chose, alors que si on se laisse porter par son rythme calme et introspectif, le film est en fin de compte une petite merveille d’émotion.
Son propos intelligent fait le parallèle entre la façon dont les USA traite le problème de cette « invasion » extra-terrestre et la situation actuelle en Irak (un peu comme « District 9 » se servait d’E.T. pour parler de l’Apartheid).
Ca ne fait pas pour autant du film juste un brûlot contre l’impérialisme américain, c’est seulement un contexte crédible dans lequel on voit se dépêtre deux êtres humains en proie à des doutes existentiels.

La mise en scène a choisi, inévitablement, un style caméra portée, façon faux-docu, mais il y a quand même suffisamment de changements de valeurs de cadre (gros plans, plans larges sur les décors naturels, souvent trafiqués numériquement), et de scènes contemplatives, pour que cela ne soit pas trop pénible à l’œil.
La photographie naturaliste (encore !) fait tout en lumières naturelles, en profitant parfois de magnifiques couchés de soleil sur la jungle mexicaine, ou de brumes nocturnes mystérieuses.
Le montage est lent, même dans les « scènes chocs », on a le temps de tout bien voir (ce qui change un peu dans un film de monstre).
Il y a un gros travail sur les décors. Déjà, ils sont variés, c’est une sorte de Road Movie, parfois fluvial (à la « Apocalypse now » avec lequel le film a beaucoup en commun question atmosphère), parfois urbain, et dans tous les cas il y a toujours des SFX de qualités pour détériorer les décors, immeubles en ruines, épaves de bateaux accrochés aux arbres, carcasses d’avions de chasse dans la rivière, etc…
Avec ces mattes painting infographiques parfaitement intégrées aux prises de vues réelles, et quelques accessoires judicieusement placés dans le cadre (panneaux, affiches), le cinéaste parvient aisément à nous faire adhérer à l’univers qu’il décrit.

Ce ne sont pas les seuls effets spéciaux, puisqu’il y a les créatures elles-mêmes évidemment, aux physiques très originaux : sorte de champignons bio-luminescents à l’état embryonnaire, elle finissent par atteindre les proportions gigantesques de poulpes mutants (comme le dieu Cthulhu de Lovecraft, mais sans les ailes)
Des SFX très impressionnants de véracité, pour des scènes toutes aussi crédibles psychologiquement.
Le couple d’acteurs est impeccable, bien qu’on aurait peut-être préféré une actrice au look moins stéréotypé (pin up blonde qui fait trop starlette, là où une « girl next door » aurait été préférable).
La musique planante et mystérieuse fonctionne bien avec l’ambiance générale.
En conclusion, « Monsters » est enfin un film qui change un peu, il n’est pas question ici de « massacre à tout va », mais bien de s’intéresser à des personnages pour faire un bout de chemin avec eux… et rien que pour ça, c’est une réussite.

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