L’Envoyé des Aésirs :

 

Ayant appris des anouks que leurs aïeuls, à l’orée du grand voyage, partaient seuls dans les montagnes pour mourir dans un lieu sacré, Gmurk décide de s’y rendre. Quelle meilleure contre pour planquer les corps mégas qu’un lieu de culte anouk sacré !

Après trois jours de voyage, complètement perdu dans les immensités enneigées, conduisant deux chariots lourdement amassés de corps cristallisés, Gmurk atteint un glacier impraticable.

Lançant son sort de lévitation, il commence à fureter aux alentours, essayant de repérer une grotte propice à son plan. Il découvre finalement les empreintes d’ours polaires géants, qu’il piste jusqu’à une caverne parfaite.

Il constate alors que les traces sont de plusieurs animaux. Un grand, et plusieurs petits. Il doit s’agir d’une mère et de ses oursons. Gmurk n’a pas envie d’affronter le fauve. Après tout, c’est leur domaine, pourquoi risquer sa peau ? Il décide donc de chercher une autre caverne, inhabitée celle-là.

La chance lui sourit et il découvre rapidement une grotte dans les hauteurs neigeuses. Grâce à sa ceinture, ses bottes-à-réaction et son sort de lévitation, il achemine un par un les 24 corps cristallisés, puis les deux chariots démontés en morceaux, et enfin les chevaux robotiques qu’il conduit l’un après l’autre jusqu’à la cavité rocheuse.

Là, il entasse les corps cristallisés au milieu du souterrain et construit au-dessus d’eux une vague protection au moyen des restes des chariots. Puis, la nuit tombant, il poste les chevaux à l’entrée de la caverne, comme une muraille, et s’endort.

Il est brusquement tiré de son sommeil par un rêve.

Quelque part et nulle part dans le vide du non-lieu, Mulan, son ectoplasme (!), semblait en train de raconter quelque chose à d’autres créatures rassemblées autour de lui. Quand soudain, celles-ci s’éparpillent disparaissant au loin, alors que Mulan paraît effrayé.

Immédiatement réveillé, Gmurk ressent alors une énergie méga négative immense, s’amplifiant, s’amplifiant, s’amplifiant, ... Alors que les parois de la grotte commencent à trembler, il ramasse son matériel et active précipitamment les mises-à-feu des chevaux-robots, avant de plonger à l’extérieur.

Entouré par une vive lumière aveuglante, un rayon incandescent d’une largeur démesurée s’abat soudainement à une cinquantaine de mètres de la grotte. Les montagnes tremblent, et Gmurk bascule dans la neige qui, à demi-fondue, s’enfonce sous son poids.

Enlisé dans la mélasse et se débattant débilement pour s’éloigner de la caverne, Gmurk essaie en vain de lancer son sort de lévitation. Paniqué, il réalise alors qu’un silence de mort règne sur les sommets. Se frottant les yeux, il distingue peu à peu une forme émerger du cratère provoqué par l’explosion.

Un oiseau. Un phénix même. Bleu et immatériel. Splendide et terrifiant. Rayonnant d’une intense énergie méga. Totalement négative ! ...

Apercevant Gmurk ramper péniblement à une trentaine de mètres, la Créature décolle immédiatement, fonçant droit sur le Tromo. Celui-ci parvient in extremis à lancer sa lévitation, au moment où les serres de la Créature, entourant son corps, lui balancent une violente décharge électrique dans tout le corps !

Tenant Gmurk dans ses griffes, la Créature s’envole en poussant un cri strident. Les tympans percés, à demi-sourd, Gmurk cherche à frapper l’oiseau de son couteau électrostatique, trouvé avec le Doc chez le maréchal-ferrant. Sans succès, l’être n’est fait que d’énergie !

Parvenue à la verticale d’un précipice abyssal, la Créature lâche Gmurk qui tombe en chute libre dans la crevasse. Avant de s’écraser, jugeant son adversaire suffisamment éloigné, Gmurk active ses bottes-à-réaction et sa ceinture anti-grav, avant de léviter doucement jusqu’au sol.

Feignant d’être mort ou inconscient, il s’allonge sur sol, sur le qui-vive.

Venant vérifier par elle-même la mort de sa proie, la Créature ne tarde pas à apparaître, volant jusqu’à un rocher au-dessus du corps étendu de Gmurk. Elle s’apprête à l’écraser sous sa patte aux serres acérés, quand Gmurk bondit comme une fusée, lévitant à 166 km/h dans la crevasse. La Créature s’élance immédiatement à sa poursuite.

Bien loin le décor de Far West. C’est à une course en vol de super-héros que l’on assiste à présent !!! Distançant la Créature, Gmurk se saisit de sa mitrailleuse-laser, accrochée dans son dos, et mitraille de rafales les parois de la faille. Une pluie de gravas et de roches s’abat sur la Créature et la traverse, réussissant à la ralentir mais sans la blesser.

Une déflagration retentit au loin, tandis que les chevaux robotiques explosent, faisant écrouler sur et derrière eux la grotte renfermant les corps cristallisés des mégas.

Gmurk jaillit soudain du précipice tel un obus, toujours suivi de la Créature qui gagne du terrain. En désespoir de cause, et alors que l’oiseau ouvre large son bec comme pour cracher quelque chose dans sa direction, il se concentre et, fermant son esprit, appelle son ectoplasme.

Le corps imposant de l’être du non-lieu, Mulan, apparait devant lui. En le voyant, la Créature ailée referme sa gueule et s’arrête net. Effrayé devant la furie meurtrière, la rage aveugle de la Créature, l’ectoplasme semble complètement paniqué. Gmurk lui envoie des ondes d’apaisement et d’énergie méga pour la calmer.

Et, dans le même instant, n’ayant guère le choix selon lui, Gmurk crée un nouveau pouvoir psy, afin de communiquer télépathiquement avec son ectoplasme.

Par l’intermédiaire de Mulan, qui relaie ses pensées, Gmurk apprend que la Créature est l’envoyé d’un Aésir, Terfangander. Un être du non-lieu habitant dans un soleil. Le frère de son maître, Jormungander, a été tué par le dénommé Duke. Ainsi que ses deux protecteurs, Ganr et Surt. La créature est là pour venger Jormungander, en tuant trois amis du Duke. Trois morts pour trois Aésirs tués. Œil pour œil, dent pour dent.

Argh, le Duke s’était bien gardé de les prévenir, eux qui étaient prisonniers dans le non-lieu, qu’il avait tué trois créatures de ce non-lieu, et pas des moindres.

Gmurk parvient à négocier. Après tout, il rayonne lui aussi d’une énergie méga ; un allié du Duke pourrait-il rayonner de cette énergie ? Il n’est qu’un compagnon d’aventures passager du Duke, pas son ami éternel.

Renonçant à le tuer, La Créature ordonne alors à Gmurk de devenir le serviteur de son maître Aésir, le puissant Terfangander. « Connais-tu Kob ? », demande soudain la Créature.

Gmurk acquiesce. « Alors, deviens chevalier-lumière comme d’autres avant toi. Comme le Kob ou Mick-Mack, qui servent à présent mon Maître. »

Le Kob et Mick-Mack, deux miiwaniens qui plus est, seraient des chevaliers-lumière, serviteurs des Aésirs ?!? Le Kob, ce vieux compagnon d’aventures, mais qui est, était ou fut également le complice du Duke ? Et Mick-Mack le Méchant, l’Aigle-de-la-route, cet aventurier raciste dont il avait brièvement croisé la route sur Miiwan lors du tout premier convoi pour Miock, il y a de celà une éternité lui semblait-il ?!?

Gmurk reste coi... et con.

Néanmoins, il parvient à emberlificoter la Créature : Mieux vaudrait s’en prendre aux plus forts alliés du Duke ... les cénobites !

La Créature cherche à savoir où les trouver : Gmurk lui dit en avoir un avec lui, mais inaccessible, et qu’un autre doit se trouver sur ... Taggara (le seul autre nom venant à Gmurk étant Olmèkatl).

Promettant de revenir se venger si tout cela ne se révélait qu’un mensonge, la Créature disparaît dans le ciel, tel une trainée lumineuse dessinant une courbe dans le ciel.

Mulan, que la Créature Aésir avait bien failli occire, l’assimilant à un allié de sa proie, ne parait guère rassuré et n’en mène pas large.

Gmurk lui envoie de nouvelles ondes apaisantes d’énergie méga, puis cherche à lui faire confondre la notion d’amitié. Peine perdue pour l’ectoplasme, qui considère Gmurk comme un dieu et ne comprend pas les sentiments. Cependant, ils réussissent à communiquer par télépathie.

Avant que Gmurk ne le laisse repartir dans le non-lieu, Mulan lui dit être curieux de l’endroit et prêt à être appelé de nouveau, contrairement à certains de ses congénères du non-lieu.

Las, épuisé tant physiquement que mentalement, Gmurk profite du temps de lévitation qu’il lui reste pour sortir des montagnes. Puis, harassé de fatigue, il se réfugie dans les hauteurs d’un arbre aux larges branches pour dormir.

Les jours suivants, Gmurk alterne course et marche, utilisant avec parcimonie da ceinture ati-grav et ses bottes-à-réaction. Traversant plaines et vallons, chassant sa pitance et s’abreuvant dans les ruisseaux, il finit par regagner Hobb’s End.

Il est accueilli par un fermier sur sa carriole, tout guilleret, qui le transporte sur les derniers kilomètres. Allongé à l’arrière, Gmurk observe avec inquiétude le ciel ensoleillé.

Les soleils ... Combien d’autres soleils y aurait-il sur les planètes des prochaines missions ? Et quels Aésirs les habiteraient ? Lui et les autres prisonniers devraient désormais se méfier d’un nouvel adversaire, habitant lui-même le non-lieu ! ...