JOHN DIES AT THE END

 

Réalisateur : Don Coscarelli

Scénariste : Don Coscarelli

Compositeur : Brian Tyler

Acteurs : Chase Williamson, Rob Mayes, Paul Giamatti, Clancy Brown

Distributeur France : Luminor

Durée : 1h39

Genre : Comédie, Fantastique, Epouvante

 

Résumé du DVD distribué par Luminor :

John et Dave, deux jeunes losers attachants, vont tester le pouvoir d’une drogue surpuissante : la « SOY SAUCE ».

Ils vont ensuite découvrir une réalité alternative peuplée de démons…

Mon Humble Avis :

 

Selon le site cinémafantastique.net, « John dies at the end » est « un mélange entre Twin peaks, Bubba Ho-Tep, Southland tales, South Park, et le Symbol de Mastumoto… et là encore, on serait loin du compte », ça promet !

 

Le message (si il y en a un) traite (peut être) des dangers de la drogue, au travers d’une histoire abracadabrante faite des idées surnaturelles bien personnelles de Coscarelli, toujours aussi saugrenues.

Finalement, dans son mélange des genres et sa recherche inventive, ça ressemble un peu à un gros épisode de la série Doctor Who, mais sous acide (je sais Doctor Who c’est déjà des scenarii bien azimutés, mais là c’est plus fort encore) !

La réalisation est assez académique, mais c’est tant mieux, car avec un scénario aussi barré, il aurait été impossible de suivre le film avec trop d’effets de style gratuits.

 

Les cadrages sont classiques mais soignés, on y trouve pas mal de gros plan sur les expressions des personnages.

Les hyper gros plans sur les yeux sont particulièrement bien utilisés, lors des passages où la réalité elle-même semble s’effondrer.

La photographie use de tons chauds, rouges, bruns, et dorés, éclairés avec professionnalisme.

Tout ça donne une image aux accents oniriques, irréelle…

Curieusement, c’est quand on est dans le monde alternatif du bad trip que la photo devient au contraire plus naturaliste !

Plus tard encore, certains plans sont même en noir et blanc…

Une des dernières scènes a ses couleurs et contrastes amplifiés, dans tes tons plus orange.

Il y a même un passage en dessin animé !!!

 

Le montage est tranquille, laissant s’installer les atmosphères étranges, et suivant surtout les besoins des effets comiques.

Il y a parfois quelques fulgurances, pour dynamiser le tout.

Les décors montrent une petite ville américaine, comme souvent avec Don Coscarelli : pavillons, bureaux de police, routes, restaurant chinois, caravaning, usine désaffectée, église, rien que du banal, mais filmé bizarrement.

Vers la fin, ça donne dans le plus original, en se situant dans une grotte (malheureusement infographique, car la scène est tournée devant un fond vert).

 

Les costumes sont réalistes pour la plupart, notons juste l’excellente idée de l’univers parallèle où toutes les femmes ont les seins nus… c’est gratuit, mais toujours agréable à l’œil masculin !

Les effets spéciaux montrent un zombie et une créature bizarre dés les premières minutes, puis une jeune fille se transformant d’un coup en gros tas de serpents, et c’est immédiatement suivi par un monstre composé de morceaux de viandes sortis d’un congélateur (on dirait mon propre court métrage « L’Alimentoïde ») !

Les créatures sont designées avec une grande originalité, elles ont toutes quelque chose de « cthuloïde », comme les « décrivait » H. P. Lovecraft, des choses justement indescriptibles, insondables, qu’on devine plus que l’on ne voit clairement…

Ça évoque à la fois le travail de Rob Bottin sur The Thing de Carpenter, et celui du maquilleur Screaming Mad George…

Tous ces maquillages traditionnels sont améliorés par des animations en synthèse.

Certaines scènes sont proprement hallucinantes, comme l’attaque de la moustache volante !

Le big-bang lui-même est montré, lors d’un délire, avec une animation infographique naïve.

De même les essaims diaboliques, ou la porte fantôme, sont réalisés en synthèse.

On trouve aussi quelques effets gore (surtout des impacts de balles), bien que ce ne soit pas le propos principal de ce type de fantastique cérébral.

Certains sont tout de même originaux, comme ces yeux sortant de leurs orbites jusqu’à exploser !

Ces SFX sont l’œuvre de Robert Kurtzman (des studios KNB).

Le casting se permet des caméos savoureux, comme celui de Clancy Brown (le Kurgan dans Highlander) en super star des experts du paranormal, ou Paul Giamatti (le héros de La jeune fille de l’eau) en journaliste de canard à sensations…

Mais les deux héros sont interprétés par de très bons jeunes acteurs, jouant de cet humour à froid avec une grande subtilité.

Les seconds rôles sont tout autant bien travaillés.

La musique sait faire peur quand il le faut, avec des violons bien aigus, et des sons discordants, mais la plupart du temps elle se fait discrète, sauf pour nous faire sursauter.

Brian Tyler avait quand même été plus inspiré sur Bubba Ho-Tep, ici on ne retrouve pas de mélodies épiques avant la toute fin.

En conclusion, Don Coscarelli nous livre un petit bijou de plus (après Dar l’invincible, la série des 4 Phantasm, Survival quest, et Bubba Ho-Tep), qui confirme tout le bien que je pensais déjà de ce réalisateur.

J’ai d’ailleurs un lien particulier avec Dar l’invincible, puisque c’est le premier film que je suis allé voir seul au cinoche, et qu’à l’époque je l’avais même adapté en bande dessinée.

32 ans plus tard, Don Coscarelli peut toujours autant me fasciner, avec une humble série B fantastique, prouvant que le cinoche, le vrai, n’est pas affaire de recette, mais bien de talent.

Humoristique, effrayant de bizarrerie, expérimental dans sa forme et son ton, Don Coscarelli ose, là où beaucoup n’ont plus les couilles de tenter quoique ce soit qui ne soit validé par une chiée d’executives de studio…

C’est certes un petit film indépendant, mais au moins ce film appartient vraiment au neuvième art, c’est un OFNI inclassable, à la fois un film d’auteur et pour autant un vrai film de genre !

 

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